Que peut la littérature ? Non plus ce qu’elle est ou n’est pas, précieuse tracasserie à l’usage de spécialistes, mais ce qu’elle peut aujourd’hui. Aujourd’hui comme chacun sait : premier tiers d’un siècle assombri par l’urgence écologique. La réponse n’est pas facile et fait penser peu ou prou à l’intellectuel qui bricole et, à défaut de marteau, s’avise de planter un clou avec le cul d’un bibelot. Enrôler la littérature dans l’urgence qui est la nôtre suppose un nouvel art d’accommoder les textes. Pour ne pas nous résigner à rester les bras ballants pendant que le bateau coule et que chacun s’est saisi de sa pratique ou discipline qu’il manœuvre comme une écope, interrogeons la vraisemblance d’un tel aggiornamento.

Antigone par Nikiforos Lytras (1865)
Antigone par Nikiforos Lytras (1865)

Sophocle fait de la « déchéance de nationalité » le ressort du tragique. C’est dans Antigone. La déchéance de nationalité déclenche un destin qui échappe vertigineusement à toute règle. Sur les planches de ce théâtre, tout s’abolit curieusement dans le chaos, dans les suicides les plus horribles. Les violences se déchaînent en suivant un conflit entre des droits inconciliables. Ce sont des jeux de normes qui s’écartent dangereusement l’un de l’autre. Aussi le sang versé ne lavera-t-il plus aucune contradiction. Il ne restaurera plus aucune Loi.