« J’ai beaucoup d’estime pour le roman. J’ai toujours pensé que pour être un romancier il faut être génial alors que pour travailler dans le domaine des sciences humaines il suffit d’être intelligent » déclare Edgar Morin au micro de France Culture lors d’un entretien avec Alain Veinstein le 15 décembre 2008 pour l’émission « Du jour au lendemain ». Doit-on penser que neuf ans après cette déclaration, Edgar Morin se considère enfin « génial » puisqu’il décide de publier le roman écrit dans son jeune âge, L’Île de Luna ? Ou plutôt, est-il moins sévère avec le jeune homme qu’il a été et qui a senti l’urgence de se livrer à l’écriture d’un récit ?

C’est sans doute en lisant Écrire qu’il est possible de découvrir la rose par excellence de l’univers Duras. Écrire, ce texte où, si proche de la mort, l’écrivain place, déplace et replace la souveraineté de l’écriture. Publié en septembre 1993, deux ans et demi seulement avant sa mort, ce recueil peut être considéré comme le livre-testament de l’auteur. Duras y livre des confidences liées à sa vie, à la création littéraire, mais elle met en place également une ample réflexion sur l’écriture et sur l’essence du langage. L’horizon de l’écrivain se construit autour d’une exigence poétique qui s’affirme également par l’idée et par la pensée. Une réflexion qu’elle dit souvent vouloir fuir et à laquelle elle n’échappe pas pourtant, tant la vie de l’esprit la séduit.

Marguerite DurasLes 2 et 4 juin derniers, on pouvait assister à la mise en scène d’une pièce de Léna Paugam Et, dans le regard, la tristesse d’un paysage de nuit d’après le texte de Marguerite Duras, Les Yeux bleus cheveux noirs, d’où cette phrase est extraite. Cela se passait à l’Espace Centquatre à Paris, à l’occasion du Festival « Impatience », une manifestation qui en est déjà à sa huitième édition – dans une collaboration qui voit le Centquatre associé à La Colline Théâtre National et à Télérama – et qui se propose de mettre en lumière le théâtre émergeant de jeunes artistes prometteurs.

Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier
Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier

Nous connaissons tous sa recette de soupe aux poireaux simple mais parfumée et onctueuse, recette de mère nourricière mais aussi recette meurtrière. Car entre deux vouloirs, ne rien faire et faire une soupe, Duras trouve un moyen terme d’ordre existentiel, métaphysique : le suicide (voir la recette de « la soupe de poireaux » dans Outside, en fin d’article). Voilà qui bouscule sa recette vers une politique du texte qui est la sienne. En dehors de toute classification de genre. Duras n’écrit pas des recettes de cuisine, Duras fait de la Littérature. Tout le temps.