Nul en France n’est censé désormais ignorer que, depuis ces derniers jours, Christine Angot a publié un nouveau roman intitulé : Un tournant de la vie. Entre rires frénétiques et applaudissements nourris, les articles abondent, se déchirent sinon se défient dans une respectueuse distance tant il s’agit pour les uns de multiplier les moqueries, pour les autres de déployer les éloges.

Voici  deux ans jour pour jour que Jean Ricardou, l’aventurier du Nouveau Roman, nous a quittés. C’est à l’occasion conjointe de l’anniversaire de sa disparition et de la parution des très beaux deux premiers tomes de son Intégrale aux Impressions Nouvelles dirigée par Erica Freiberg et Marc Avelot que Diacritik a interrogé ce dernier.

En 2015, l’écrivain espagnol Javier Cercas est invité à tenir un cycle de conférences en littérature comparée à l’Université d’Oxford, succédant ainsi à George Steiner, Mario Vargas Llosa et Umberto Eco. Son sujet sera le roman, en tant qu’écrivain et critique, deux activités dont Cercas souligne la parenté en introduction de son essai, réécriture et prolongement des cinq conférences tenues en anglais : « tout bon écrivain est, qu’il le sache ou non, un bon critique » et « tout bon critique est un bon écrivain ».

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La publication d’un essai dans la belle collection d’Éric Vigne est toujours un événement, et le livre d’Hélène Merlin-Kajman, professeur de littérature du XVIIe siècle à l’université Paris III, ne fait pas exception. Il y a là à n’en pas douter un essai qui fait débat et suscite l’envie de discuter. Beaucoup a déjà été dit sur un livre qui tâche de repenser la lecture comme une activité partagée, dans une relation pédagogique renégociée. Le livre croise les travaux de Donald Winnicott et les réflexions de Walter Benjamin en tentant de redéfinir la littérature comme un espace transitionnel, entre monde intérieur et monde extérieur, où l’on pourrait s’approprier ou donner forme aux expériences saisissantes d’aujourd’hui. Je voudrais ajouter deux traits qui ont marqué ma lecture et sur lesquels on a trop peu insisté.

Umberto Eco (1932-2016) est mort vendredi soir, il avait 84 ans. Le monde des lettres perd un immense théoricien des signes et du langage, dont les travaux sur le lecteur, la réception, les médias, l’esthétique, l’art de la fiction demeurent parmi les plus importants de ces dernières décennies. Il était venu tardivement au roman, avec Le Nom de la Rose, en 1980, enquête policière médiévale (et borgesienne), « livre fait de livres » et empire des signes, dont la traduction en plus de 40 langues et l’adaptation cinématographique lui valurent une renommée internationale.

Giorgio Agamben
Giorgio Agamben

Sans doute ne sommes-nous pas encore nos propres contemporains. Sans doute vivons-nous dans le temps qui nous échoit au cœur d’un indéfectible et terrible retard à notre propre époque que nous traversons et où nous sommes jetés de cécité et de surdité – et d’oubli. Sans doute encore peinons-nous dans notre actualité à nommer cette même époque, à lui trouver un visage de langage, à lui donner son nom de Littérature dans la langue : sans doute, de tout ce qui nous écrivons sur ce qui s’écrit, ne sommes-nous pas encore présents à notre contemporain.