Sale temps pour l’inspecteur principal Chen Cao. En légère disgrâce après des prises de position qui ont pu froisser les instances dirigeantes du Parti, le policier, traducteur et poète à ses heures, se voit confier une mission qui fait resurgir démons du passé et jette un voile trouble sur le futur. Avec Chine, retiens ton souffle, Qiu Xiaolong livre un polar gigogne sur fond de combat pour l’écologie et de lutte entre l’intime et le collectif.

M.M.M.M. de Jean-Philippe Toussaint ou tout à la fois le cycle romanesque de Marie, des Saisons musicales, la lettre « aime » et l’initiale du prénom français qui l’énonce par anagramme depuis la Pléiade. C’est aussi un clin d’œil vers l’art contemporain — « elle se faisait appeler Marie de Montalte, parfois seulement Montalte, sans la particule, ses amis et collaborateurs la surnommaient Mamo, que j’avais transformé en MoMA au moment de ses premières expositions d’art contemporain. Puis, j’avais laissé tomber MoMA, pour Marie, tout simplement Marie (tout ça pour ça) ».

« Les images vivent à l’intérieur de nous » déclarait récemment Bill Viola à la manière d’un parfait exergue qui s’ignorerait au très beau et très délicat récit de Laurent Jenny, Le Lieu et le moment, paru il y a peu chez Verdier. Sans doute cette sentence du plasticien américain sur l’incessante et secrète vie des images donne-t-elle à contempler au plus intime et au plus nu de soi le projet de Jenny, celui d’un homme qui, patiemment, entreprend de se raconter depuis les événements qui ont su faire image en lui, devenir collection permanente de son existence et s’imposer comme le mémorable d’un destin traversé de ce que l’auteur désigne d’emblée comme ces images sans détour, « littérales comme les nuages du ciel, les fourmis dans l’herbe ».