L’idée commune selon laquelle le coronavirus nous affecte toutes et tous sans faire de différences, hommes et femmes, jeunes et vieux, urbains et ruraux, cadres et ouvriers, riches et pauvres, est certainement utile pour susciter l’adhésion de l’ensemble de la société aux nécessaires mesures de prévention, et l’on peut comprendre, jusqu’à un certain point, que les responsables politiques l’expriment. Mais elle est profondément fausse et illusoire, car elle mène à la cécité et à l’inertie là où la lucidité et l’action devraient naturellement prévaloir. L’invoquer peut donc sembler de bonne tactique, mais il ne peut s’agir en fait que d’une mauvaise stratégie.

Le déphasage peut paraître cruel : voici un intrus qui vient défier le jeu démocratique parce qu’il accroît sa virulence juste au moment des élections ; qui se permet de paralyser le libre jeu du marché en fermant quelques bourses ; qui interrompt brutalement le temps long et évolutif de l’apprentissage en fermant les écoles et universités, bloquant les examens et les concours. L’interférence de ces lignes de vie incompatibles bouleverse les équilibres sensibles de nos modes d’être au monde.