Marcello Mastroianni
Marcello Mastroianni

Comme tous les matins, lorsque je vais au travail, mon train s’arrête immanquablement devant le restaurant « La dolce vita » : un vaste espace de baies vitrées qui se trouve à côté de cette station RER à vingt minutes de Paris, où je m’apprête à descendre. Comme tous les matins, guettant des yeux la grande et discrète terrasse qui donne sur la Seine, immanquablement, je me dis : pourquoi ? Pourquoi La dolce vita ? Pourquoi on donne à certains lieux des noms de films ? Les films seraient-ils aussi des lieux ?

Les César, le Festival de Cannes se plient à leur manière à la pratique obligée de l’hommage avec la séquence « ils nous ont quitté cette année »… et la rubrique « Portraits » de Diacritik a parfois pris des allures d’obituaire, au corps défendant de la rédaction tout en assumant la relative nécessité de l’exercice. Mais dans ces pages, si Cimino, Bonnefoy, Bowie, Ricardou, Prince, Scola, Akerman, côtoient Daho, Lefranc, Benoît Virot, Renaud Monfourny, Enki Bilal, c’est pour mieux revenir, analyser, éclairer, en prenant le temps du recul et pour aller plus loin que l’immédiateté journalistique. Pour « Portraitiser » en somme, pour reprendre le terme de Jean Vautrin dans Le voyage immobile.

Yan Gauchard
Yan Gauchard

Paru au cœur de cette rentrée d’hiver aux éditions de Minuit, Le Cas Annunziato, premier roman de Yan Gauchard (lire sur Diacritik l’article de Laurence Bourgeon), s’impose déjà comme l’une des plus belles et plus fortes réussites de cette année 2016. Contant l’histoire rocambolesque et pourtant statique de Fabrizio Annunziato, traducteur prisonnier d’une cellule de Fra Angelico à Florence, Yan Gauchard livre un roman distancié et joueur de la disparition ainsi qu’une fable politique sur l’Italie berlusconienne des années 2000. Diacritik a interrogé Yan Gauchard le temps d’un grand entretien sur son puissant premier roman.