La solitude Caravage qui vient de sortir en poche chez Folio est un livre qui fait date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous aavait accordé un grand entretien lors de la sortie du livre en grand format.

La solitude Caravage qui vient de paraître chez Fayard est un livre qui fera date dans la connaissance et la portée de l’œuvre du génie italien. Comme dans ses romans, Yannick Haenel dévoile une suite prodigieuse de précisions, de scènes et d’illuminations qui se lisent par bonds. C’est un tour de force : ces toiles si connues, si commentées et qui ont quatre siècles se posent devant nos yeux comme si c’était la première fois. Voici le Caravage vivant, miraculeusement là. L’auteur nous a accordé un grand entretien.

Une table de pierre simple, un carreau de calcaire ocre, gravé en latin sur le flanc. C’est la tombe du tout premier habitant du cimetière, premier colon de l’enclos : George Langton, étudiant d’Oxford, mort à Rome en 1738, concivis dulcissimus itinerisque socius, pleuré par ses compagnons. Je suis assis devant la tombe, dans l’herbe déjà brûlée du cimetière acatholique, réservé aux étrangers morts à Rome ou dans la région. Acatholique est étrange : cimetière non-universel. Le championnat national du basket américain s’appelle World Championship. Rome aussi tenait lieu de monde. La pyramide de Cestius pointe sa prothèse de marbre dans la gencive rousse du mur d’Aurélien. J’ai avec moi The Fall of Rome : A Traveler’s Guide, de Anne Carson. Je ne lis pas, mais des vers bougent. L’homme est touriste de sa vie. Il fait la queue aux attractions, coche les étapes obligées et en trépigne, piètre amant, les vieilles zones érogènes émoussées de répétitions.

Pier Paolo Pasolini

Un jour, il y a des années maintenant, j’ai lu une phrase stupéfiante. Cette phrase figurait dans un livre de philosophie. À l’époque, encore lycéen, je n’étais pas sûr de toujours bien saisir ce qui était écrit dans ce genre d’ouvrages. Mais lire était en soi un événement. Je sentais que quelque chose s’accordait à mon être en le désaccordant du monde que par ailleurs il subissait. Je lisais pour m’alléger. Je lisais comme on dévale une pente.

Je m’aperçois aujourd’hui que mon acte de lecture ressemblait, en son ordre, à celui de Mouchette, cette gamine au destin bouleversant filmée par Bresson.

© Laurence Bourgeon

Le tennis serait-il plus qu’un sport de compétition, alternativement joué dans le cadre de chelems courus en extérieur ou en salle, sur gazon, sur terre battue ou sur résine synthétique ? Serait-il plus qu’une activité de gentlemen, pratiquée depuis à peine plus d’un siècle sur du temps relativement libre ? Cette discipline n’aurait-elle pas des sources bien plus anciennes, remontant à l’époque de la Contre Réforme et du Siècle d’Or? Avant d’être un « jeu », le tennis dans sa forme initiale n’aurait-il pas été avant tout un instrument diplomatique prisé autant par Charles Quint, Henri VIII et les Conquistadors pour sceller des accords de paix, si ce n’est durable, au moins temporairement cordiale ?

Autant de questions qu’Álvaro Enrigue soulève avec malice, impertinence et non sans une indéniable clairvoyance historique dans son roman Mort subite, plus que justement récompensé par le prix Herralde en Espagne.

artoff2883

L‘un des monstres sacrés du cinéma italien, Ettore Scola, né en 1931, est mort mardi 19 janvier à Rome. Il avait 84 ans. De sa longue carrière, on retient immédiatement trois très grands films, Nous nous sommes tant aimés (C’eravamo tanto amati, 1974), Affreux, sales et méchants (Brutti, sporchi e cattivi, 1976) et Une journée particulière (Una giornata particolare, 1977), avec Sophia Loren et Marcello Mastroianni.

Son œuvre est une vue en coupe de l’Italie. Simona Crippa nous rappelle que lors de sa « master class » au théâtre Petruzzelli de Bari, après la projection de Una giornata particolare, en mars 2015, il s’adressa aux jeunes pour les inciter à changer l’Italie :
« On ne vous demande pas de prendre les fusils et d’aller dans les montagnes, mais d’avoir des idées et de l’enthousiasme. »  

Lire ici la première partie de l’hommage de Jérémy Sibony