Jean-Clet Martin (DR)

Il y a toujours une façon de planter en terre inconnue un piton pour dérouler peut-être, à partir de là, une corde. Cette entrée en philosophie se réalise parfois par une thèse. La mienne porte pour titre : « Essai sur le concept deleuzien de multiplicité » (1992). L’intuition en est assez simple. Le moindre événement, la moindre modalité d’existence passe par des plans différents, comme si le réel se traversait en « mille-feuille » ou en « gigogne ». A chaque étage de ce plan feuilleté, la pointe de l’événement doit se modifier, négocier son passage avec des règles différentes au sein de strates autrement étalées. La multiplicité qui ventile le réel implique forcément une variation, une modification en fonction de l’étage où elle se réalise. Les repères, les mesures ne sont plus de même rythme, de même ordonnance, ouvrent des niveaux de monde hétérogènes.

 Jean-Clet Martin (DR)

Jean-Clet Martin (DR)

Le siècle deleuzien de Jean-Clet Martin, n’est pas un livre sur Deleuze mais avec Deleuze. Loin de s’enfermer dans l’exercice d’un commentaire fort peu deleuzien, de vouloir expliquer Deleuze, de le réciter selon une approche très scolaire ou de le rabattre sur des questions et problèmes que son œuvre a précisément contribué à vider de leur sens, Le siècle deleuzien propose une pensée avec Deleuze, pensée qui ne peut ainsi qu’être originale, nouvelle – puisqu’il s’agit avant tout de créer.

Ce livre fait de Gilles Deleuze l’opérateur d’une constellation traversée de thèmes, d’idées, de forces étranges, de rapports aux animaux ou aux machines mais aussi à d’autres philosophes comme Sartre ou Derrida – constellation qui dessine les points et trajectoires d’un autre monde dans le monde, d’un autre siècle dans le siècle. Il s’agit donc aussi de penser la possibilité d’autres possibles du monde, d’autres possibles de l’histoire, d’autres possibles du futur.