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Cette semaine, Diacritik a parlé BD, Deleuze, littérature ; évoqué les polémiques pré-Angoulême ; fait la cuisine avec Desproges ; conduit ses lecteurs à Lille en photographies ; parlé du silence du monde, de sexe et pouvoir en littérature, de musique avec Daughter, d’ours qui sont des écrivains comme les autres, de murs parisiens ivres et rimbaldiens, de blasphème, de désir et inconnu dans une nouvelle page du journal d’Olivier Steiner. Et rendu un hommage en plusieurs volets à Ettore Scola.

Et pour ces dix-septièmes coulisses, c’est Johan Faerber qui s’effeuille en un abécédaire littéraire et « ymmodeste » :

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« Pour certains, tout est politique ; pour d’autres, qui sont parfois les mêmes, l’érotique et le désir sont partout ». Jacques Dubois, bien connu de nos dialecteurs, le note à raison en avant-propos du volume qu’il coordonne, Sexe et pouvoir dans la prose française contemporaine, « ces deux mouvements de l’être, qui sont également régimes de sens » ne peuvent que dialoguer. Les apparier est une grille de lecture du champ littéraire contemporain, de ses tropismes comme de ses tensions, sous l’égide de Deleuze (tout désir est — et porte — une révolution) et de Foucault (La Volonté de savoir).

Certaines semaines ont un goût de cendres. Comme celle qui vient de s’écouler, s’ouvrant avec l’annonce de la mort de David Bowie. La fin d’une époque. « La mort viendra et elle aura tes yeux« , écrivit deux heures plus tard Johan Faerber, citant Pavese… et nous sommes descendus « dans le gouffre muets ». Pour Olivier Steiner, le secours vint de Marguerite Duras et de Flaubert, pour célébrer le Thursday’s child. Parce qu’il fallait bien se rendre à l’évidence pourtant informulable, « Et puis David Bowie est mort« , le fantôme d’Hérouville n’est plus, nous laissant floating in the most pecular way.

Si les bouches se ferment est un livre d’écrivain, non parce qu’un des personnages du roman est un écrivain – nazi –, et qu’un autre, son fils, essaie d’être lui-même écrivain, mais parce que la question qui anime ce livre est la possibilité de devenir écrivain ou, mieux, celle des devenirs de l’écrivain et de l’écriture.

Écrire pour inventer des mondes, réinventer des vies. Ne jamais rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social). Interroger la place de la violence (et de l’individu) dans l’Histoire.
II.

Écrire aujourd’hui (1) : Véronique Bergen

Ma première réaction fut de ne surtout pas écrire sur l’écrire, de ne pas surplomber l’écriture, de ne pas ouvrir ses viscères pour en exposer ses lignes en amont, ses lignes en aval. Ma première réaction fut de me tenir dans l’angle qui interdit qu’on redouble l’écrire en écrire d’écrire, qu’on réfléchisse l’écriture en une méta-écriture.

Une petite histoire vraie, j’ai envie de balancer en ce moment, en état d’urgence, comme s’il n’y avait plus de temps à perdre. Une petite histoire vraie, une histoire d’argent. Il y eut une époque dans ma vie où j’ai vécu dans un film, exactement à l’intérieur d’un film. Et c’était génial, le montage était top, jamais de fatigue, pas de temps morts, l’image et la lumière très belles, dialogues réussis, forts, un bon film avec du suspense, des choses économiques, sociales, de beaux décors, du cul et du destin. C’était il y a longtemps, j’étais très jeune, très pauvre et très con.

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Le cocktail surgit dans l’histoire de l’humanité à l’heure où s’éveille le poème en prose. De fait, c’est en 1836 qu’un pourtant romancier Fenimore Cooper l’introduit dans un de ses fougueux romans pour désigner un breuvage aux mixtures d’alcool multiples mais en en parlant avec des accents qui sont ceux que prendra, les mêmes années, Aloysius Bertrand pour ses Gaspards de la nuit. Car le cocktail sera vite l’illustre allégorie des Gaspards de la nuit, s’offrant par sa conjugaison de liqueurs, d’aromates et de fruits savamment dosés l’expression la plus libre et la plus matérielle, sous le jour de la contingence, de l’éclatement des genres, de la circulation d’une forme dans une autre, la boisson la plus littéraire parce que, celle d’entre toutes, qui vit de cette hybridité.

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Non pas un mais trois livres aujourd’hui : pas seulement pour briser la contrainte du « un livre un jour », mais parce qu’ils vont si bien ensemble, comme diraient les Fab Four : Le Carnet d’adresses de Sophie Calle, Carnet d’adresses et Répertoire des domiciles parisiens de quelques personnages fictifs de la littérature de Didier Blonde. Autant dire une infinité d’autres livres en creux et en adresses…