L’histoire pourrait être kafkaïenne, et Benjamin Balint le souligne dès le titre de son essai Le Dernier procès de Kafka, qui vient de paraître aux éditions de La Découverte : la saga des manuscrits et inédits de l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, par ailleurs docteur en droit, semble tout droit inspirée du Château comme du Procès, elle est au centre de ce livre passionnant qui se lit comme un roman.

Dans Le Plus et le moins, Erri de Luca rassemble des récits et des histoires. Il nous avait expliqué, dans l’entretien qu’il nous avait accordé en 2016, avoir été contraint à cette forme par l’épisode judiciaire qu’il a traversé : son opposition au projet de TGV Lyon-Turin lui ayant valu une accusation d’« incitation au sabotage », avant sa relaxe en octobre 2015, il ne pouvait plus écrire que des textes courts, il ne pouvait se permettre l’ampleur du roman.

« Récit personnel » annonce un avertissement liminaire : The Red Parts de Maggie Nelson, d’abord paru en 2007, avec adjonction d’une préface inédite en 2012, paraît en français en cette rentrée, aux éditions du sous-sol, dans une très belle traduction de Julia Deck.

John Edgard Wideman

« Il n’y a pas d’histoire qui ne soit vraie… » souligne l’épigraphe d’Écrire pour sauver une vie, citation de Chinua Achebe (Le monde s’effondre). Quelques pages plus loin, John Edgar Wideman commente la « sagesse » de cette phrase, un proverbe igbo, et son ironie tragique : le personnage principal de son propre livre n’a pu la lire, le roman d’Achebe ne fut publié qu’en 1958, treize ans après la mort de Louis Till. Elle est comme sa parole absente soudain revenue en lumière, le retour d’une voix, dans et par la littérature. Mais elle est aussi et surtout exergue métadiscursive : l’histoire est vraie, elle est de celles qui illustrent « un monde où toutes les vérités se valent jusqu’à ce que le pouvoir en choisisse une pour servir ses exigences », un monde dans lequel la littérature est un contre-pouvoir et permet le rétablissement des faits, elle est refus des histoires assignées comme le sont certains êtres.

Sur une proposition d’Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós, aura lieu, le 7 octobre de 19h à 2h, à l’occasion de la Nuit Blanche « Le Procès de la fiction ». Cet évènement prendra la forme d’un procès d’assises, où se jouera le procès de la frontière entre fait et fiction qui se déroulera dans la salle du conseil de Paris, dans l’hôtel de Ville et qui réunira notamment Françoise Lavocat, Laurent de Sutter, Dorian Astor, Camille de Toledo, Eric Chauvier, Maylis de Kerangal, Dominique Viart ou Jacques Rancière encore.