Manifestation contre l’islamophobie, le 14 mars 2015 à Paris

Revenant sur une actualité nourrie depuis de nombreuses années par de faux débats sur les présumés musulmans, Nedjib Sidi Moussa offre dans La Figure du Musulman une vigoureuse et éclairante réflexion sur le rôle des politiques dans la propagation d’une fièvre identitaire confusionniste et apeurée. Soulignant l’opportunisme ou l’aveuglement de certains courants réactionnaires, Nedjib Sidi Moussa met en lumière l’action des racistes, des antiracistes et des entrepreneurs communautaires dans le remplacement de l’« Arabe » par le « Musulman », de l’ouvrier par le délinquant radicalisé. Mais que faut-il précisément entendre par cette figure du Musulman ? Ne s’agit-il pas d’une figure sciemment utilisée par certains pour détruire la classe ouvrière ? Et comment expliquer cette complaisance de « la gauche de la gauche » pour les thèses confuses et peu rigoureuses des Indigènes de la République et de leur figure de proue, Houria Bouteldja ? Autant de questions que Diacritik a voulu poser, le temps d’un grand entretien, à Nedjib Sidi Moussa, auteur de l’un des essais les plus remarquables de ces dernières années.

Manuel Valls, sophiste de la présidentielle ?

C’est le jour du Brexit que Manuel Valls aura donc décidé de trahir Benoît Hamon, de faire sa sécession propre et de quitter la politique. Car, contrevenant aux lois de la primaire auxquelles il avait pourtant amoureusement souscrit, Manuel Valls n’a pas hier uniquement trahi Hamon en soutenant explicitement et opportunément Emmanuel Macron ; il n’a pas uniquement failli à tous ses engagements ; il n’a pas uniquement trahi sa parole et foulé aux pieds le peu d’honneur qui lui restait au terme d’un quinquennat catastrophique : en appelant dans la journée encore, comme si la Guyane devenait véritablement une île, à se rallier à Fillon, il a mis, incidemment et violemment, fin à toute vie politique dans ce pays et à la parole comme parole.

Clémentine Célarié refusant de serrer la main de Florian Philippot

Ce week-end, les sites d’info qui commentent plus la télé qu’ils ne cherchent l’info n’en finissaient pas de titrer : « Clémentine Célarié refuse de serrer la main de Florian Philippot dans « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. » De quelle époque parlons-nous et de quels actes sommes-nous les hommes pour que ce geste soit promu à la Une ? Quelle est notre intime détresse pour qu’un geste seul, qui devrait être la norme, devienne l’exception sinon l’exceptionnel dans l’abandon quotidien qu’on nous somme incessamment de vivre ?

Insensiblement, au terme d’une semaine où il a enfin parlé, Emmanuel Macron dévoile de plus en plus, sur la scène médiatique que les médias s’offrent à eux-mêmes à travers lui, ce qui détermine son geste politique ou plutôt son apolitisme centré : le macronisme est un donjuanisme. Insensiblement de la juste déclaration sur le crime contre l’humanité que constitue la colonisation jusqu’à la scandaleuse et honteuse déclaration homophobe à destination de la racaille fasciste du 16e arrondissement de la Manif pour Tous, Macron invente, jour après jour, un geste politique qui ressortit peu à la politique, qui confond la politique avec le plébiscite (quand d’aucuns l’hystérisent en confondant politique et polémique), qui confond avec force la politique avec la séduction. Comme si Macron était un être baroque, chu hors du théâtre baroque, le Don Juan de la politique, celui qui sait opposer à toutes ses défaillances une imparable séduction amoureuse.