Manuel Valls, sophiste de la présidentielle ?

C’est le jour du Brexit que Manuel Valls aura donc décidé de trahir Benoît Hamon, de faire sa sécession propre et de quitter la politique. Car, contrevenant aux lois de la primaire auxquelles il avait pourtant amoureusement souscrit, Manuel Valls n’a pas hier uniquement trahi Hamon en soutenant explicitement et opportunément Emmanuel Macron ; il n’a pas uniquement failli à tous ses engagements ; il n’a pas uniquement trahi sa parole et foulé aux pieds le peu d’honneur qui lui restait au terme d’un quinquennat catastrophique : en appelant dans la journée encore, comme si la Guyane devenait véritablement une île, à se rallier à Fillon, il a mis, incidemment et violemment, fin à toute vie politique dans ce pays et à la parole comme parole.

Clémentine Célarié refusant de serrer la main de Florian Philippot

Ce week-end, les sites d’info qui commentent plus la télé qu’ils ne cherchent l’info n’en finissaient pas de titrer : « Clémentine Célarié refuse de serrer la main de Florian Philippot dans « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier. » De quelle époque parlons-nous et de quels actes sommes-nous les hommes pour que ce geste soit promu à la Une ? Quelle est notre intime détresse pour qu’un geste seul, qui devrait être la norme, devienne l’exception sinon l’exceptionnel dans l’abandon quotidien qu’on nous somme incessamment de vivre ?

Insensiblement, au terme d’une semaine où il a enfin parlé, Emmanuel Macron dévoile de plus en plus, sur la scène médiatique que les médias s’offrent à eux-mêmes à travers lui, ce qui détermine son geste politique ou plutôt son apolitisme centré : le macronisme est un donjuanisme. Insensiblement de la juste déclaration sur le crime contre l’humanité que constitue la colonisation jusqu’à la scandaleuse et honteuse déclaration homophobe à destination de la racaille fasciste du 16e arrondissement de la Manif pour Tous, Macron invente, jour après jour, un geste politique qui ressortit peu à la politique, qui confond la politique avec le plébiscite (quand d’aucuns l’hystérisent en confondant politique et polémique), qui confond avec force la politique avec la séduction. Comme si Macron était un être baroque, chu hors du théâtre baroque, le Don Juan de la politique, celui qui sait opposer à toutes ses défaillances une imparable séduction amoureuse.