Il est bien que la reprise des « romans et nouvelles » de J.-K. Huysmans en Pléiade soit accompagnée d’un avant-coureur en Poésie/Gallimard rééditant les poèmes en prose de l’écrivain (Le Drageoir aux épices et Croquis parisiens). Car c’est par cette porte-là de la poésie sans versification qu’a pénétré le jeune Huysmans dans le champ littéraire, donc par l’oblique d’un genre tout nouvellement inventé. Nous sommes en 1874.

 

En 1868, Thomas Eakins est à Paris. Il étudie la peinture et écrit ça à sa famille. Cet aveu d’un jeune homme qui deviendrait le peintre le plus implacable et le plus obtus jamais sorti de l’Amérique traduit à la perfection mon rapport à la poésie : « J’ai un grand besoin de lire des poèmes. Très peu me donnent du plaisir, mais je ressens toujours le besoin d’en lire plus. »

James

Le cocktail surgit dans l’histoire de l’humanité à l’heure où s’éveille le poème en prose. De fait, c’est en 1836 qu’un pourtant romancier Fenimore Cooper l’introduit dans un de ses fougueux romans pour désigner un breuvage aux mixtures d’alcool multiples mais en en parlant avec des accents qui sont ceux que prendra, les mêmes années, Aloysius Bertrand pour ses Gaspards de la nuit. Car le cocktail sera vite l’illustre allégorie des Gaspards de la nuit, s’offrant par sa conjugaison de liqueurs, d’aromates et de fruits savamment dosés l’expression la plus libre et la plus matérielle, sous le jour de la contingence, de l’éclatement des genres, de la circulation d’une forme dans une autre, la boisson la plus littéraire parce que, celle d’entre toutes, qui vit de cette hybridité.