Parmi d’autres, trois livres récemment publiés — Heather, par-dessus tout de Matthew Weiner, Requiem pour le rêve américain de Noam Chomsky et Le procès de l’Amérique de Ta-Nehisi Coates — sont trois manières (fictionnelle pour Weiner, plus théorique pour Chomsky et Coates) de porter un même constat : l’Amérique (ou les états désunis) est un territoire éclaté, profondément divisé par de multiples partages liés à la couleur de peau, à la classe sociale, à l’argent.
Ces livres sont donc trois « réquisitoires implacables », pour reprendre les mots de Christiane Taubira en préface à la nouvelle Colère noire de Ta-Nehisi Coates, face à un « système pluriséculaire d’oppression ». Ce sont trois « Plaidoyers pour une réparation » enfin, sous-titre du Procès de l’Amérique, puisque déconstruire cette oppression, exposer les « dix principes de concentration de la richesse et du pouvoir » (Chomsky) ou incarner la scise à travers les personnages romanesques de Weiner, c’est offrir un recul.

George Saunders, crédit photo NYT

Le Booker Prize 2017 — équivalent britannique du Goncourt — a été attribué à l’auteur américain George Saunders pour son roman Lincoln in the Bardo, aux éditions Bloomsbury. Il s’agit, en vérité, du premier roman de Saunders, qui était surtout connu pour ses nouvelles jusqu’alors. George Saunders, qui a 58 ans, n’est pas, à proprement parler, un auteur traditionnel. Il est venu à l’écriture assez tard. Après avoir commencé une carrière, assez brillante, de géophysicien il est ensuite passé au journalisme puis à la rédaction de nouvelles littéraires, qui lui ont valu plusieurs récompenses aux États-Unis, où il est donc loin d’être un inconnu.