L’œuvre de Duras s’écrit depuis le verbe voir. Tout y est regard, spécularité, jusqu’à la vision et l’hallucination, voire l’aveuglement, ce que Dominique Noguez, dans son Duras, toujours, nomme le « cogito durassien », son « hoc video ergo est — ce que je vois existe » (chap. IV, « Duras voit », Actes Sud, 2009, p. 75).

Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier
Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier

Nous connaissons tous sa recette de soupe aux poireaux simple mais parfumée et onctueuse, recette de mère nourricière mais aussi recette meurtrière. Car entre deux vouloirs, ne rien faire et faire une soupe, Duras trouve un moyen terme d’ordre existentiel, métaphysique : le suicide (voir la recette de « la soupe de poireaux » dans Outside, en fin d’article). Voilà qui bouscule sa recette vers une politique du texte qui est la sienne. En dehors de toute classification de genre. Duras n’écrit pas des recettes de cuisine, Duras fait de la Littérature. Tout le temps.