Près d’un an après sa présentation à la Berlinale et des sélections dans de nombreux festivals, dont une au Cinéma du Réel où il remporte le Grand prix, Maman Colonelle n’est malheureusement toujours pas distribué en salle.  Dans son second long-métrage, Dieudo Hamadi suit la colonelle de police Honorine chargée de la répression et la prévention des violences sexuelles envers les femmes. Celle qui fait figure de mère-courage impressionne par sa détermination, son charisme et son abnégation, si bien que le village qu’elle quitte au début du film suite à sa mutation reste comme orphelin. Elle doit effectivement se rendre à Kisangani et s’attaquer là-bas à un fléau supplémentaire : celui des enfants maltraités et accusés de sorcellerie. Les deux combats convergent naturellement mais ravivent les plaies de la « Guerre des 6 jours », suite à laquelle les victimes n’ont jamais obtenu de réparations et les coupables n’ont jamais été inquiétés. Un portrait vertigineux d’une femme impressionnante se mêle ainsi au paysage d’un pays en proie à une certaine violence, sous un regard qui tient toujours la bonne distance, frontal mais jamais voyeuriste, attendrissant mais jamais faussement complaisant. Rencontre et entretien avec Dieudo Hamadi.

Action LGBTQI devant le CSA

Depuis plusieurs jours, une stratégie de pinkwashing se met en place dans les médias. Quelques dizaines d’annonceurs, qui jusque-là avaient richement financé l’émission TPMP, se découvrent des valeurs, une morale, affirmant que l’épisode du piège tendu par Hanouna à des hommes gays serait contraire à ces valeurs. Ces entreprises qui payaient pour que leurs publicités soient diffusées durant l’émission se retirent, drapées dans un Rainbow Flag, mettant un terme au financement de TPMP. Pourtant, cet épisode n’est pas un « dérapage », selon le mot utilisé dans la presse pour atténuer la charge de la critique, un accident différent de ce qui se passe d’habitude dans l’émission : il n’est qu’un moment d’une série continue de propos et de mises en scène homophobes et sexistes.

En 1975, dans Le bref été de l’anarchie, Hans Magnus Enzensberger écrit que l’histoire est une représentation collective mais aussi « une fiction dont la réalité fournit la manière première ».
Même si la citation originale place davantage l’Histoire du côté de l’invention et de la découverte (« Die Geschichte ist eine Erfindung, zu der die Wirklichkeit ihre Materialien liefert »), l’Histoire n’en demeure pas moins une fiction au sens latin du terme, fictio, action de façonner, de travailler une matière pour lui donner une forme : elle est une (re)composition et une façon (fictio), ce dont témoignent deux livres récemment republiés en poche par Verdier : Le Brigand de Cavanac de Dominique Blanc et Daniel Fabre et Vidal, tueur de femmes par Philippe Artières et Dominique Kalifa — deux livres qui chacun, dès leur cosignature, figurent un dialogue, celui du réel et de sa fiction, dans un travail par montage d’archives et segments de discours.

Jean-Luc Godard

Si les connexions entre poésie contemporaine et cinéma apparaissent d’emblée dans la réappropriation du cinéma en tant que sujet, thématique, figures, par le texte poétique, et en particulier dans les références filmiques très présentes qui entrent dans la composition des textes poétiques, le réinvestissement des pratiques cinématographiques dans le poème reste un axe des plus intéressants de convergences, d’influences, de porosité entre les deux domaines. La confrontation du texte poétique avec les outils techniques de l’écriture cinématographique sera ainsi l’axe privilégié dans cette première approche de la question « poésie contemporaine et cinéma », sous l’angle de leurs interférences et de leurs connexions.

 

Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold
Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold

Des jours et des nuits sur l’aire, d’Isabelle Ingold, est un film particulièrement beau et intelligent. Esthétiquement beau et intelligent. Politiquement beau et intelligent.

Le lieu unique du film est une aire de repos d’autoroute en Picardie. Unité de lieu donc, mais pas unité de temps, semble-t-il, puisque ce qui est filmé est une succession de jours et de nuits. A moins que l’unité de temps, ici, ne soit donnée, justement, par cette succession : le temps insiste, omniprésent dans sa répétition, immuable dans son écoulement. C’est le temps comme événement, implacable, le temps comme destin.