Quand, en 2008, Munuera et Morvan ont clos le cycle de leur collaboration avec Dupuis avec Aux Sources du Z, qui aurait cru qu’à l’image d’un Monsieur Choc, le légendaire Zorglub reviendrait avec sa propre série ? La Fille du Z est le premier album des aventures du savant diabolique à manteau de zibeline et fume-cigarettes, un spin-off technologique pétaradant qui exploite la force comique du personnage créé par Franquin et Greg en 1959 et emprunte (entre autres sources d’inspirations) sa thématique principale à Philippe K. Dick.

Kraken

Certains livres comptent plus que d’autres. Il est souvent difficile d’en expliquer la raison, surtout lorsqu’elle touche à une forme d’intimité devant laquelle l’objectivité reste désarmée et muette. Marcel Proust n’était pas étranger à ce sentiment, et il l’éprouvait sans doute mieux que tout autre puisqu’il en cerna l’insaisissable essence dans l’expression « famille d’esprit ». À partir de cette idée, tout trouve son sens et son équilibre. Les livres qui nous touchent le plus sont ceux avec lesquels s’établit une communion naturelle, ceux que l’on a l’impression de comprendre au-delà des mots dont ils sont composés, ceux qui semblent nous comprendre mieux que nous saurions le faire nous-mêmes. Ces livres laissent l’impression d’avoir toujours été présent au cœur de notre être, à une place laissée longtemps vacante de notre bibliothèque intérieure ; ils font résonner des cordes dont la sensibilité ne paraissait posséder d’expression que pour nous-mêmes et que nous avions renoncé à faire vibrer autrement, ils nous tendent une main amicale extraite d’une région d’autant plus inconnue de notre conscience qu’elle n’est localisée nulle part ailleurs que dans l’angle mort de nos vies. Le Chant du Kraken de Pierre Pigot fait partie de ces lectures qui allument une étincelle dans les abysses de notre identité, là même où nous ne pouvions imaginer autre chose que l’obscurité.