Pour beaucoup d’entre nous, la littérature russe, ce sont avant tout deux géants du roman qui traversèrent le XIXe siècle un peu du même pas. Maints critiques au cours du temps — tel Mikhaïl Bakhtine — se sont cependant attachés à montrer combien les œuvres abondantes de ces deux colosses étaient, en regard l’une de l’autre, en parfaite opposition. D’un côté, voici l’univers âpre et tourmenté de Fiodor Dostoïevski (1821-1881) et de l’autre le monde spirituel du profond et sage Léon Tolstoï (1828-191). Et cette dualité donnait et donne encore à chaque lecteur la possibilité de faire choix de l’un ou de l’autre, d’avoir son champion slave, — cela dit, tout lecteur peut aussi, pour la même époque, opter pour Gogol ou Tchekhov.

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« Olia, puis-je vous demander un service ? Et seulement à vous.
– Ça dépend duquel.
Bourmistrov agrippa la table, comme s’il s’apprêtait à l’arracher du sol.
– Pouvez-vous manger pour moi ? Ici. Maintenant.
– Comment ça, pour vous ?
– Je veux dire, en sorte que je puisse vous regarder. Simplement vous regarder.»

Bourmistrov regarde Olia manger, c’est devenu un rituel. Tout a commencé dans un train filant « à travers l’Ukraine torride », « simplement, comme tout ce qui est inéluctable ».