Dans le sillage de la parution de son remarquable Livre de la Faim et de la Soif, Camille de Toledo présentera ce mercredi 17 mai à 19h l’épisode 9 de son Histoire du vertige à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net.
 Dans ce neuvième épisode, il sera question du « Bartleby » de Melville, du procès contre le Madame Bovary de Flaubert, de la façon dans le régime moderne de la fiction s’est défini à partir de cette séparation juridique qui lui assure une « irresponsabilité » et comment, à l’ère d’un enchevêtrement fictionel-réel, cette séparation peut être repensée.

Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny
Pierre Bergounioux (à gauche), Frédéric-Yves Jeannet (à droite) © Renaud Monfourny

Diacritik a le plaisir et l’honneur de publier cet entretien inédit entre deux écrivains, Frédéric-Yves Jeannet et Pierre Bergounioux, réalisé par mail entre Cuernavaca et Gif-sur Yvette, en janvier dernier.
Les deux auteurs correspondent, selon un mode que l’on pourrait penser « mineur », comme l’écrit Frédéric-Yves Jeannet, qui révèle pourtant « ce que l’écriture de création ne laisse pas soupçonner ».
Ces pages inédites sont destinées à paraître dans un livre dans les mois qui viennent.

Hélène Cixous
Hélène Cixous

Dès les premières pages, il y a du Melville, il y a du Kafka. Il y a du Shakespeare, il y a du Derrida. Il y a du Nietzsche, un peu, il y a du Rilke, à peine. Je pense qu’il y a aussi quelque chose de Genet, mais un soupçon, sur le mode de la présabsence spectrale.

Et ça se babelise de l’intérieur. Ça s’hybride dans les idiomes. Ça se chimère dans les multiples de la langue.

sans-titre

Ce mercredi 18 janvier se déroulera l’épisode 5 de l’histoire du vertige brossée par Camille de Toledo à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net. Dans ce cinquième et nouvel épisode, Camille de Toledo nous invite à suivre la traque d’Achab sur le Péquod, traque entêtée pour triompher de la transcendance.

Javier Cercas

En 2015, l’écrivain espagnol Javier Cercas est invité à tenir un cycle de conférences en littérature comparée à l’Université d’Oxford, succédant ainsi à George Steiner, Mario Vargas Llosa et Umberto Eco. Son sujet sera le roman, en tant qu’écrivain et critique, deux activités dont Cercas souligne la parenté en introduction de son essai, réécriture et prolongement des cinq conférences tenues en anglais : « tout bon écrivain est, qu’il le sache ou non, un bon critique » et « tout bon critique est un bon écrivain ». Son sujet sera le roman ou, plus précisément, Le Point aveugle du roman, ce centre irradiant et obscur, d’autant plus signifiant qu’il échappe à toute résolution, ce lieu ambigu, paradoxal et oxymorique, travaillé de tensions qui irradient dans l’ensemble du récit. Parallèlement à cet essai, les éditions Actes Sud publient le premier roman de Javier Cercas, Le Mobile.

Koltès, portrait par Elisa Ruiz

Né en avril 1948, mort à 41 ans en avril 1989, Bernard-Marie Koltès brûle toujours les planches, nos imaginaires et représentations. Ses œuvres radicales nous hantent, son visage angélique, ses colères, sa solitude élevée au rang de titre, au milieu des chants de coton. Sa passion pour les marges, le combat. Sa volonté de dire « la solitude affective, la difficulté de parler, toutes les oppressions enfin qui ferment la bouche ». Parcours de son univers en trois livres qui soulèvent, un peu, le voile sur son mystère fondamental.

Jean Rolin © Olivier Roller
Jean Rolin © Olivier Roller

On connaît le tropisme maritime de Jean Rolin avec ses diverses modulations, depuis les espaces portuaires de Terminal Frigo (P.O.L, 2005) jusqu’au projet de traversée à la nage du détroit du même nom dans Ormuz (P.O.L, 2013) en passant par le trajet en cargo entre Europe et Afrique dans L’Explosion de la durite (P.O.L, 2007) – un tropisme dont témoigne d’une autre manière un recueil de textes journalistiques comme Vu sur la mer (La Table Ronde, « La Petite Vermillon », 2012). On sait aussi comment les guerres du xxè siècle et les conflits contemporains disséminés à travers le monde hantent son œuvre, de façon plus ou moins directe ou souterraine (Campagnes, Gallimard, 2000, Un chien mort après lui , P.O.L, 2009 ou L’Explosion de la durite). Avec son dernier texte, Peleliu (P.O.L., 2016), l’écrivain croise d’une façon encore inédite ces deux dimensions en prenant pour objet d’écriture une île du Pacifique qui fut le théâtre d’une terrible bataille pendant la Seconde Guerre mondiale et dont le narrateur va s’employer à arpenter le territoire aussi limité (13 km2) que parfaitement circonscrit du fait de son caractère insulaire.

Claude Favre - Photo © Jean-Marc de Samie
Claude Favre – © Jean-Marc de Samie

Elle a une façon d’écrire, Claude Favre, une façon bien à elle et rien qu’à elle, Claude Favre, sa façon de nous envoyer des phrases comme des lassos qui nous amènent vers elle, tout contre sa bouche, pour nous faire entendre le monde comme elle l’entend elle, c’est-à-dire absurde, c’est-à-dire violent, c’est-à-dire désopilant, et désespérant ; nous faire entendre les bruits insupportables dans sa tête trouée par le marteau-piqueur d’une langue usuelle qui réinterprète le monde et le rend incompréhensible.

 Jean-Clet Martin (DR)

Jean-Clet Martin (DR)

Le siècle deleuzien de Jean-Clet Martin, n’est pas un livre sur Deleuze mais avec Deleuze. Loin de s’enfermer dans l’exercice d’un commentaire fort peu deleuzien, de vouloir expliquer Deleuze, de le réciter selon une approche très scolaire ou de le rabattre sur des questions et problèmes que son œuvre a précisément contribué à vider de leur sens, Le siècle deleuzien propose une pensée avec Deleuze, pensée qui ne peut ainsi qu’être originale, nouvelle – puisqu’il s’agit avant tout de créer.

Ce livre fait de Gilles Deleuze l’opérateur d’une constellation traversée de thèmes, d’idées, de forces étranges, de rapports aux animaux ou aux machines mais aussi à d’autres philosophes comme Sartre ou Derrida – constellation qui dessine les points et trajectoires d’un autre monde dans le monde, d’un autre siècle dans le siècle. Il s’agit donc aussi de penser la possibilité d’autres possibles du monde, d’autres possibles de l’histoire, d’autres possibles du futur.

Giorgio Agamben
Giorgio Agamben

Sans doute ne sommes-nous pas encore nos propres contemporains. Sans doute vivons-nous dans le temps qui nous échoit au cœur d’un indéfectible et terrible retard à notre propre époque que nous traversons et où nous sommes jetés de cécité et de surdité – et d’oubli. Sans doute encore peinons-nous dans notre actualité à nommer cette même époque, à lui trouver un visage de langage, à lui donner son nom de Littérature dans la langue : sans doute, de tout ce qui nous écrivons sur ce qui s’écrit, ne sommes-nous pas encore présents à notre contemporain.

1erebrosseau

Data Transport, de Mathieu Brosseau, n’a ni commencement ni fin. Le roman ne commence pas et ne finit pas : la fin reprend le début, qui était donc déjà la répétition de la fin, et ainsi de suite, à l’infini. Pourtant, il s’agit moins du retour du même que de celui du différent : ce qui se répète, du fait de la répétition, se dédouble en un autre qu’il n’était pas. La boucle de la répétition est une boucle paradoxalement ouverte, inséparable de son mouvement qui en la refermant, à chaque fois, l’ouvre, la disperse. Le point d’arrivée est un point de départ pour une bifurcation, une différence – la différence se répétant à chaque retour de la boucle sur elle-même (qui serait donc en même temps une spirale).