Le livre de Virginie Poitrasson pourrait être lu comme une sorte de phénoménologie bizarre. Sous le corps propre, sous le corps phénoménal, il s’agirait de faire advenir un autre corps délirant qui ne serait pas celui de la folie psychiatrisée mais celui par lequel le corps se désagrège, se multiplie, bifurque constamment, devient le monde autant que le monde devient le corps. Ce corps est celui de la sensation, du souvenir, comme il est celui du rêve, ou celui de l’écriture, le corps tel qu’il advient par l’écriture.

Manuel Daull par Léa du Cos de St Barthèlemy
Manuel Daull par Léa du Cos de St Barthèlemy

Je crois ne pas me tromper en avançant que les écrits de Manuel Daull lui ressemblent, tout en ressemblant à… rien, soit à… quelque chose, de vraiment singulier, et d’assez durassien par moments : un mélange d’insistance et de fugacité, de fureur et de délicatesse, de largesse et de retrait, dans les sourires, la tristesse, la douceur, le silence, l’attention, le regard, le noir, la lumière, le murmure des eaux – des textes qui résonnent longtemps, et qui défient les genres : parole autobiographique tressée à des biographies fictives.

Manuel Candré présente son livre, Le portique du front de mer, comme l’effet de sa  « rencontre » avec Vermillion Sands, recueil de nouvelles de J.G. Ballard. Le thème de la rencontre est un de ceux qui traversent ce livre : rencontre avec des événements étranges, des mirages extraordinaires, des distorsions du temps, de l’espace, des passions incompréhensibles du corps.