Peut-on réfléchir à « l’avancée de l’Afrique », en précisant chaque fois de quel pays on parle, sans la lier étroitement à l’avancée de la France ? Fatou Diome pose, en écrivaine et en militante, les mêmes questions que celles qu’avance Achille Mbembe, dans son récent essai, Politiques de l’inimitié : « Au vu de tout ce qui se passe, l’Autre peut-il encore être tenu pour mon semblable ? Rendus aux extrémités, comme c’est le cas pour nous ici et maintenant, à quoi, précisément, tiennent mon humanité et celle d’autrui ? La charge de l’Autre étant devenue si écrasante, ne vaudrait-il pas mieux que ma vie ne soit plus liée à sa présence, tout autant que la sienne à la mienne ? […] Si, en définitive, l’humanité n’existe que pour autant qu’elle est au monde et est du monde, comment fonder une relation avec les autres basée sur la reconnaissance réciproque de nos communes vulnérabilité et finitude ? »

Je suis quelqu’un d’Aminata Aïdara offre ce que l’on attend souvent d’une œuvre : prendre un détour ludique et métaphorique pour déployer des motifs comme l’histoire familiale, le métissage, le racisme qui interpellent nos sociétés. Par la fiction, elle nous plonge conjointement dans le plaisir et la réflexion essaimant du savoir sans leçon, sur des sujets familiers.

Dans les années 70, elle pensait qu’il fallait dépasser le stade de la réhabilitation de l’homme noir : « On devait pouvoir créer une littérature qui reflète simplement notre manière d’être, qui soit un miroir de notre âme et de notre culture ». En mars 2018, les éditions Le Serpent à plumes ont eu l’heureuse initiative d’éditer le huitième roman d’Aminata Sow Fall, L’Empire du mensonge, déjà publié, en 2017 au Sénégal chez CEAC/Khoudia.