Le titre original du premier roman d’Aja Gabel, qui vient de paraître en France chez Rivages, dans une traduction de Cyrielle Ayakatsikos, pourrait être son art poétique : The Ensemble, au sens le plus musical du terme, puisque le récit suit quatre amis et leur destin, professionnel, amical, amoureux, sur deux décennies. Le roman se déploie en quatre parties et une coda, comme le mouvement d’un morceau de musique ou une série, en plusieurs saisons, un This is us romanesque.

Lionel Shriver © Diacritik

Tout roman de Lionel Shriver est un coup de semonce. L’auteur de Let’s talk about Kevin ne connaît pas la demi mesure. Son art du récit tient du poil à gratter voire du vitriol. Qu’elle s’attaque aux faux semblants intimes ou collectifs, à la violence sociale, à la maladie, au couple, ou à l’obésité, elle écrit ce que l’on préférerait sans doute ignorer et ne craint pas, en entretien, de dire tout haut ce que beaucoup tairaient, par volonté de ne pas franchir les limites du politiquement correct ou du plus confortablement commercial.
Rencontre autour de son dernier livre, Les Mandible, qui se déroule dans une Amérique devenue une « nation paria », intrigue futuriste et dystopique qui raconte « surtout ce que les gens redoutent au présent ».