Jeune professeur de philo à l’Université de Chicago et par ailleurs française, Manon Garcia nous donne un livre magnifique et surprenant. Magnifique parce qu’il nous rend proche un problème peu identifié jusqu’ici comme philosophique, à savoir le destin des femmes comme soumises. Surprenant parce qu’il ose une relecture hardie du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. Et cela en changeant un seul mot dans une formule fameuse.

Nathalie Sarraute

« On connaît cet univers où ne cesse de se jouer un jeu de colin-maillard sinistre, où l’on avance toujours dans la fausse direction, où les mains tendues « griffent le vide », où tout ce qu’on touche se dérobe » avançait Nathalie Sarraute dans L’ère du soupçon pour alors suggérer de Kafka sa puissance nue d’inhabitude, sa patiente conquête des strates du vivant où le vivant s’échappe à soi : où chacun découvre ce point extrême, tremblant et hagard d’inconnaissance à soi-même et aux autres. Nul doute qu’une telle sentence qui installe la déprise à soi et l’inhabitude du monde comme saisie liminaire du monde même pourrait venir éclairer à la manière d’un exergue rieur la publication des Lettres d’Amérique de Nathalie Sarraute, récemment paru chez Gallimard. Pourtant, dans ces vingt-quatre lettres inédites, remarquablement présentées par Olivier Wagner et soigneusement co-éditées avec Carrie Landfried, nul jeu de colin-maillard sinistre. À rebours de toute tristesse fantastique, se donne plutôt ici un jeu de colin-maillard rieur et ironique par lequel, depuis ces lettres inédites, se découvre une nouvelle Nathalie Sarraute – s’écrit une Romancière Nouvelle par l’épistolaire.

Il était une fois une enfant, une jeune fille, une femme, qui, voulant pénétrer le sexe de son origine, bascula en dedans d’elle-même par le truchement d’un miroir qui fit apparaître un lapin blanc. Quel est le regard que la femme porte sur le sexe de son origine ? Un regard rétrograde qui plonge à rebours, descend en lui-même, en son corps qui se creuse.

Ann Leckie
Ann Leckie

Sur le chemin d’une taverne, Breq trouve une personne à demi-morte gisant dans la neige. Breq la reconnaît : c’est un ancien militaire qu’il a connu il y a longtemps, Seivarden. Le narrateur décide de le recueillir pour le sauver d’une mort certaine, bien que s’encombrer d’une telle personne risque de l’entraver dans sa quête. Breq nʼest en effet pas sur cette planète par hasard : il est sur la piste d’une personne qui peut lui procurer un objet rare, précieux, et surtout extrêmement dangereux.
C’est ainsi que commence La Justice de lʼancillaire, premier tome d’une trilogie de science-fiction, paru en 2013 et couronné en 2014 de la plupart des prix du genre dans le monde anglo-saxon. Par Samuel Minne