Camille de Toledo

Dans quelle langue écrire ? Dans quelle langue articuler son récit ? Depuis quels mots venir rendre du monde la mesure ou la démesure active ? Telles pourraient être, en apparence simples et premières, les questions qui viendront se déployer tout au long de l’avant-dernière demi-journée de la 11e édition des Enjeux contemporains qui se tiendra ce samedi.

« Un jour, on saura peut-être qu’il n’y a pas d’art, mais seulement de la médecine » suggérait Gilles Deleuze, au cœur d’une note comme épiphanique de Critique et clinique prenant la forme d’un aphorisme tiré de Le Clézio, dans le souci infaillible d’affirmer combien la littérature se doit d’être, devant toutes les morts et au-delà des vivants qui s’effondrent, comme une grande et éclatante santé : une profonde voix de vie qui trace, depuis l’écriture, autant de destins à guérir.

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Chaque année, au début du mois d’octobre, la chose est entendue : le Nobel de littérature ne reviendra pas à Philip Roth. Don DeLillo le manquera encore. Le Clézio espèrera l’avoir de nouveau en vain. Mais chaque année la révélation du prix répond d’une identique et indépassable dramaturgie de la surprise par laquelle un écrivain surgit qui, depuis la puissance flamboyante de son œuvre, vient rafler, à son souvent corps défendant, les honneurs de l’Académie suédoise et se voit ceint, entre stupeur, gêne et ravissement, des nobles lauriers de la suprême distinction. Pourtant, cette année, le jury du Nobel a décidé de dédoubler sa constante dramaturgie de la surprise en élevant la surprise au carré, en ajoutant à l’inattendu la puissance du supposé décentrement : Bob Dylan, brillant chanteur de son état, prix Nobel de littérature.