Macron, c’est l’avènement d’une ère, celle de la responsabilisation comme discours criminogène. Comment ne pas être stupéfait par les propos tenus sur la vidéo postée par sa conseillère, propos tenus par celui qui vous sert de président depuis bientôt un an ? Le discours ici proféré s’appuie sur une notion clef de l’ère criminogène : la responsabilisation. Les aides sociales coûtent « un pognon de dingue », elles ne servent à rien : les pauvres demeurent toujours en dépit des aides pharaoniques accordées toujours invariablement pauvres. Ils sont toujours à eux-mêmes leur propre tautologie, c’est ça qui est désespérant, donc inutile. Il va falloir, dit Macron, les responsabiliser.

Mai 2017, la démocratie est malmenée par la politique politicienne. La démocratie, ce concept vieillot que l’on piétine allègrement depuis des mois et des années sans que personne ne trouve à y redire. La démocratie, ce bien commun que l’on devrait chérir et protéger plutôt que le maltraiter est aujourd’hui la première victime du débat public. Au premier rang des agresseurs : les mots. Ceux du Front National, de ses soutiens et de sa candidate présente au second tour de l’élection présidentielle.

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Albert Londres en 1923

Au grand dam de ceux qui se verraient bien marigoter en toute impunité, il semble qu’il faille une fois encore convoquer Albert Londres qui, dans Terre d’ébène, La Traite des Noirs (Albin Michel, 1929) écrivait : « Je demeure convaincu qu’un journaliste n’est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie ». Pour en rajouter une couche à l’intention des contempteurs du journalisme hexagonal qui regardent en ricanant le président Trump se torcher allègrement le fondement de ses idées torves avec le 1er amendement de la constitution qui l’a élu : on ne peut pas un jour encenser la liberté de la presse et le lendemain fustiger une profession tout entière…

© Dominique Bry
© Dominique Bry

Dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016, l’histoire retiendra-t-elle que nombre de caps indignes ont été franchis dans la couverture journalistique de l’attentat perpétré à Nice ? Passe encore que les chaînes de hard news se répandent en conjectures pour occuper le temps médiatique, qu’elles diffusent sans filtre des photos, des vidéos, des témoignages audio de citoyens, de victimes ou de rescapés, on pourrait malheureusement dire que l’on commence presque à s’y habituer : attendre de la retenue de la part de certaines rédactions c’est un peu comme demander à un homme politique de s’abstenir de tout commentaire à chaud qui servira ses intérêts propres plutôt que le bien commun.