Je me souviens Perec Je ne me souviens pas Lindon
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Dans le dictionnaire subjectif et irraisonné qu’est Bardadrac (Seuil, 2006, p. 275), Gérard Genette écrit à « Mémoire » que cette dernière a des « parties mates et des parties brillantes » ; « par ses angles morts, ses taches aveugles et ses trous noirs, elle est évidemment un filtre : trier, exclure, choisir, garder et jeter, transformer, interpoler, extrapoler, composent l’essentiel de sa fonction ».
Lister, en somme, penser/classer aurait dit Perec, non ce dont on se souvient mais ce qui échappe à la mémoire immédiate, ce qui se situe dans les angles morts, les taches aveugles et les trous noirs, se voit décentré. Tout ce qu’on ne peut dater ou dont on peine à retrouver l’origine.
Se dire, c’est sans doute explorer les lignes de fuite de la mémoire, ce que nos oublis disent de nous, ce que le futile révèle d’essentiel, l’accessoire de fondamental, les inconduites d’une ligne de vie. Tel est l’art poétique de l’extraordinaire Je ne me souviens pas de Mathieu Lindon qui vient de paraître chez P.O.L.

Garrel1Dans un bar du 10e arrondissement, au cœur de la trame légère et bientôt grave des Chansons d’amour de Christophe Honoré, Ismaël, interprété par Louis Garrel, lance à Julie et Alice, les deux compagnes de son ménage à trois, qu’en dépit de leurs rires et doux complots contre lui, elles auront beau faire : « La Guerre à trois n’aura pas lieu ». Si cette formule, toute d’élégance et de brio, vient accompagner le cinéma de Christophe Honoré, sans doute pourrait-elle, à l’évidence, se tenir plus particulièrement à l’orée du premier long-métrage de Louis Garrel Les Deux Amis dont elle éclaire le gracieux triangle amoureux, entre quadrature du cercle et impossibles mais tendres lignes parallèles.