Michel Butor

« Il me semble que le voyage nous apporte une aide sensible, surtout le voyage lointain ; il ne s’agit pas là d’une distance en kilomètres, il s’agit de trouver des hommes différents : de trouver l’envers. » : tels sont, dans le bref et concis dialogue de Vanité, les quelques mots généreux et clairs d’œuvre lancés par Michel Butor au seuil des années 1980 qui pourraient, au lendemain de sa désormais mort à nous parvenue, venir se tenir à la lisière de son écriture comme pour en tracer l’intime parcours, comme pour s’en dresser comme l’indéfectible épigraphe et dire le projet de l’homme Butor et l’écrivain tout entier écriture : trouver l’envers.

Jean Ricardou
Jean Ricardou

« Le roman n’est désormais plus l’écriture d’une aventure mais l’aventure d’une écriture » écrivait en 1963 l’encore inconnu Jean Ricardou à propos d’un roman de Claude Ollier dans une formule réversible et éclatante de justesse qui, par sa force intrusive à venir dire l’époque, s’est imposée au fil du temps comme un citation presque sans homme, une phrase vidée de tout auteur qui, plus que de synthétiser un geste d’écrire, vient à le révéler, vient à le soulever, vient à créer ce qui allait bouleverser du 20e siècle tout récit : le Nouveau Roman. Car il ne serait pas faux de dire qu’en ce jour où Jean Ricardou nous a quittés que le critique est le père du Nouveau Roman, qu’il est l’homme qui, sans doute davantage qu’Alain Robbe-Grillet et Jérôme Lindon, a su donner du Nouveau Roman son image, a su, depuis ce 1963 de naissance, faire apercevoir la phrase par où le texte deviendra la maxime et l’impératif catégorique des hommes d’alors : a su créer le Nouveau Roman. Comme si Jean Ricardou était, à lui seul, depuis cette mort qui aujourd’hui le vient frapper, l’unique Nouveau Romancier de l’histoire du 20e siècle, son aventurier le plus déraisonnable et le plus accompli, l’homme qui disparaît derrière le texte, qui devient le texte et sa critique jusqu’à une mort sans retour.

Danièle Rivière dirige les éditions Dis Voir, spécialisées en culture contemporaine, qui réunissent artistes, cinéastes, philosophes, écrivains, scientifiques, musiciens, designers… Elle est également, en tant que créatrice, engagée dans le cinéma et récemment dans le transmédia. Dans cet entretien, il sera donc question de livres, de films, de science, de Peter Greenaway et Raoul Ruiz, de bd, de nanomonde, d’économie de l’édition, de Pierre Huyghe, Douglas Coupland et François Taddéi, du contemporain et d’imaginaire, du web et de Laurie Anderson… Un entretien placé sous le signe du relationnel et du transversal.