Mathieu Potte-Bonneville

« La reprise est la réalité, le sérieux de l’existence. Celui qui veut la reprise a mûri dans le sérieux : celui-là vit. Il ne galope pas comme un gamin » lance, avec vigueur et force, Kierkegaard pour venir définir la reprise, ce grand et intrépide principe de vie qu’il voit naître à l’horizon vital de chaque homme qui entend se déprendre du passé, en dépasser les atermoiements contrits et se livrer pleinement à l’instant présent qui ne cesse de venir à soi dans l’étourdissement de l’immanence.

Vidal tueur de femmes Le Matin

« Voilà le cinéma pur ! » s’était exclamé André Bazin devant le film de Nicole Vedrès, Paris 1900 (1947), qui rassemble sept cents fragments de films, bouts d’actualité et miettes de fiction. Ce film, taillé dans la matière de l’archive, bouleversa Chris Marker et fut décisif dans l’élaboration de son œuvre. Il faudrait dire ici « Voilà l’histoire pure ! », à la lecture de cette réédition du volume de Philippe Artières et Dominique Kalifa, Vidal, le tueur de femmes. Car les deux historiens, spécialistes du fait divers et des écritures ordinaires, se sont attachés à dresser la biographie de ce meurtrier du début du XXe siècle, sans ajouter un mot au bruissement des discours : ils ont taillé dans les journaux, coupé dans les rapports psychiatriques et le récit autobiographique du criminel, pour recomposer sa vie de papier. C’est la pratique du montage qui permet de « dérouler le film de cette existence », en assemblant ces pièces d’archives hétérogènes.

Eric Vuillard
Eric Vuillard

Que sait-on finalement du 14 juillet ? Des scènes de liesse et de colère mêlées, des gravures qui donnent au passé la teinte du révolu, des commémorations à n’en plus finir, mais qui font oublier l’effervescence révolutionnaire sous les festivités consensuelles : en bref, un feu d’artifice de stéréotypes. Que sait-on finalement ?, voilà la question que pose Éric Vuillard, dans ce récit, tendu et nerveux, emporté et politique, sobrement intitulé 14 juillet.

Georges Foottit et le clown Chocolat
George Foottit et le clown Chocolat

La définition usuelle du patrimoine privilégie la transmission par le sang, par les ancêtres. Elle est à la base même de la non-reconnaissance, plus ou moins massive ou feutrée, de celles et de ceux qu’on ne reconnait pas comme étant du même sang ! Et cela comprend, bien évidemment, le patrimoine des arts et des lettres d’un pays donné. C’est l’occasion de réfléchir à cette notion et à son extension problématique tout au long du siècle dernier et au début de ce siècle. « Chocolat » – le film, les ouvrages et les articles à son propos –, est une bonne base d’illustration pour un débat qui ne pourra se clore tant qu’un Césaire, une Mariama Bâ ou un Mohammed Dib n’auront pas autre chose qu’un strapontin dans le concert des littératures de langue française. Ayons en tête les chemins divers pris par artistes et historiens pour réhabiliter le clown d’origine afro-cubaine, Rafael-Chocolat.