« Tôt ou tard, tout devient télévision », écrivait J. G. Ballard, en épigraphe de Par les écrans du monde de Fanny Taillandier, qui vient de paraître en poche aux éditions Points. Tout semble désormais créé pour être vu, selon les règles d’une culture du spectacle, d’une mise en images et d’une spécularité discursive généralisée dont le 11 septembre aura été l’acmé.

À l’heure où la rentrée est marquée par la parution du panégyrique de Jean-Michel Blanquer par lui-même, il est peut-être temps, loin des mondanités éditorialistes avec le ministre, d’écouter une véritable réflexion sur l’école. C’est précisément au moment de la rentrée que Philippe Watrelot, enseignant qui se présente lui-même comme un militant pédagogique, choisit de faire paraître son stimulant essai, Je suis un pédagogiste. En revendiquant cette étiquette de pédagogiste qu’on lui a attribuée, Watrelot en profite pour rouvrir le débat sur l’école, évoquer ses difficultés, son manque de budget et la dévalorisation criante du métier. À l’heure de la présidentielle, l’éducation doit être au centre des discussions avec des propositions fortes. Inutile de dire que Diacritik ne pouvait qu’aller à la rencontre de Philippe Watrelot pour échanger avec lui de cette école du futur.

Sombre et magnétique : tels sont les mots qui viennent à l’esprit après avoir lu le premier roman d’Etienne Kern, Les Envolés qui vient de paraître chez Gallimard. Kern y brosse l’histoire de Franz Reichelt, tailleur autrichien venu vivre à Paris et qui meurt un jour de 1912 en se jetant de la tour Eiffel avec le costume-parachute de son invention. Dans une langue qui traque les fantômes, le romancier cherche à mettre en lumière tous les êtres impermanents au monde qui ont, plus largement, traversé son existence, autant d’envolés qui, tragiquement, ont franchi le pas. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre d’Etienne Kern le temps d’un grand entretien pour saluer l’évidente réussite de ce roman qui hante longtemps.

Indiscutablement, Farouches de Fanny Taillandier est l’un des romans les plus remarquables de cette rentrée littéraire. Dans une Ligurie, à la fois proche et distante de nous, la romancière nous conte l’histoire d’un couple, Baya et Jean, qui, entre attaques de sangliers et rixes entre bande rivales, sentent depuis leur maison comme une menace sourde s’immiscer progressivement dans leurs vies. Roman politique et géopolitique, fable écocritique et interrogation sans trêve sur le rapport au savoir et notamment à Wikipedia, Farouches offre une stimulante réflexion stimulante sur les liens de l’humanité avec le vivant sous toutes ses formes. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre de la romancière le temps d’un grand entretien.

Avec La Fille qu’on appelle, Tanguy Viel signe sans aucun doute son plus grand roman à ce jour. Dans une ville de province, une jeune femme, Laura, fille du boxeur Max Le Corre et mannequin à ses heures, décide un jour d’aller rendre visite à Quentin Le Bars, maire de la ville, afin qu’il lui trouve un logement. Mais une fois qu’elle rencontre cet homme de l’Ancien Régime, rien ne se passe comme prévu. Puissante et sombre fable contemporaine, La Fille qu’on appelle marque un tournant décisif dans l’écriture de Viel en questionnant plus avant les rapports sociaux, et notamment la domination du masculin dans la société française. Rarement un tel portrait de femme, aliénée par la tyrannie masculine, aura atteint en littérature une telle force politique. Autant de raisons pour Diacritik de partir à la rencontre du romancier pour discuter d’un des romans les plus remarquables de ces dernières années.

Virtuose et fascinant : tels sont les deux termes qui viennent à l’esprit pour qualifier le premier roman de Rebecca Gisler, D’Oncle qui vient de paraître chez Verdier. Dans une maison de guingois, un oncle lui-même boiteux et reclus, entouré de sa vie et de monceaux d’ordures, fascine tendrement ses neveux. Dans une langue traversée de soubresauts de fantastique, étreinte par les rythmes de l’ordure, Rebecca Gisler dévoile un univers singulier qui, s’il doit explicitement à Beckett et plus encore à Eugène Savitzkaya, explore l’envers d’un quotidien où les fluides corporels ouvrent à un surprenant sentiment d’être. Autant de raisons pour Diacritik d’aller interroger Rebecca Gisler afin de saluer une des très grandes réussites de cette rentrée littéraire.

Indéniablement, Antoine Wauters signe avec Mahmoud ou la montée des eaux un des très grands romans de cette rentrée littéraire. Véritable splendeur de langue, bouleversante épopée d’un homme pris dans plus d’un demi-siècle d’histoire de la Syrie, chant nu sur la nature qui tremble devant l’humanité et sa rage de destruction : tels sont les mots qui viennent pour tâcher de retranscrire la force vive d’un récit qui emporte tout sur son passage. Rarement l’histoire au présent aura été convoquée avec une telle puissance et une grâce qui ne s’éprouve que dans un déchirement constant. Diacritik ne pouvait manquer, le temps d’un grand entretien, de partir à la rencontre d’Antoine Wauters qui confirme combien il est de nos écrivains contemporains majeurs.

Indispensable : tel est le mot qui vient immédiatement pour qualifier l’essai sur l’intersectionnalité que viennent de faire paraître Éléonore Lépinard et Sarah Mazouz. Dans un livre aussi brillant que limpide, les deux sociologues reviennent avec mesure et force sur la notion d’intersectionnalité qui est au cœur de tous les débats depuis quelques mois. Loin des vociférations médiatiques et éditorialistes qui en dénaturent la définition, Pour l’intersectionnalité revient sur la puissance critique que la notion peut donner aux sciences sociales et montre que l’intersectionnalité donne à comprendre autrement la marginalisation et l’oppression dans nos sociétés. Diacritik ne pouvait manquer d’aller à la rencontre des deux sociologues à l’occasion d’un grand entretien.

Disons-le sans attendre : Romain Huët signe avec De si violentes fatigues un très grand livre. Après le remarquable Vertige de l’émeute qui se concentrait sur les cortèges de tête en manifestation, Huët poursuit un peu plus avant la sociologie charnelle de nos temps déchirés d’impuissance et de panique mêlées en choisissant de s’intéresser à ceux que la société nomme les épuisés, les malheureux et les fatigués. Loin d’en faire une victime amorphe, l’essayiste lit la figue de l’épuisé comme le stade premier d’une révolte qui engage la société dans un nouveau devenir politique dont elle doit se saisir. Autant de perspectives sociales que Diacritik ne pouvait manquer d’aller creuser avec son auteur le temps d’un grand entretien.

La France est une fois de plus en retard. Une fois de plus, elle n’a pas encore bien compris ce que, avec discrétion et grâce, Mahmood accomplit musicalement depuis bientôt trois ans sur le territoire à la fois si vaste et si saturé de la pop. Une fois de plus, la France n’a pas encore compris l’ampleur du phénomène Mahmood. Car si, politiquement et artistiquement, l’Italie est depuis la Renaissance, pour le meilleur et pour le pire, le laboratoire de l’Europe, Mahmood n’échappe pas, pour le meilleur, à ce postulat, notamment depuis la sortie, vendredi, de son deuxième album, le formidable Ghettolimpo.

Hypnotique, puissant et amusé : tels sont les mots qui viennent spontanément à l’esprit pour qualifier le 3e et nouvel album d’Institut. Formation pop initiée par Arnaud Dumatin avec son comparse Emmanuel Mario, accompagnée cette fois de la suave voix de Nina Savary, Institut produit une pop inquiétante, qui vient adresser autant de questions au néomanagement dans lequel chacun vit, qu’il le veuille ou non.

Abandonnez toute affaire cessante les livres que vous lisiez pour vous précipiter sur Nino dans la nuit de Capucine et Simon Johannin qui vient de paraître en poche aux éditions Points et s’impose comme l’un des récits les plus vifs et remarquables de nos années 10. Le roman s’offre, à travers la figure incandescente de Nino, comme un grand récit sur la nuit du contemporain, la folie de ses corps à la recherche de la grande vie du monde. À l’occasion de cette sortie en poche, Diacritik republie le grand entretien de Johan Faerber avec les auteurs de ce puissant roman à quatre mains.