Progressivement, après les livres de Christine Daure-Serfaty et Gilles Perrault, la vérité atteint le grand public sur l’existence bien réelle du bagne-mouroir de Tazmamart dont les 28 survivants sur les 58 emmurés sont libérés, le 15 septembre 1991, après un enfermement de dix-huit années. Le Sultan du Maroc meurt en 1999. Dès 2000, des témoignages de survivants s’éditent et dévoilent l’horreur et l’infrahumain de ce bagne. En mars 2017, Mahi Binebine y revient en donnant à lire le portrait de son père, père aussi de son frère aîné, Aziz Binebine qui n’a publié son témoignage qu’en 2009. En cette rentrée, Youssef Fadel porte sa pierre, poétique, surréaliste et dénonciatrice, à l’édifice des mots pour que nul n’oublie les maux de Tazmamart…

Andrée Chedid
Andrée Chedid

La nécessité d’une approche bi-sexuée de la littérature n’est plus à défendre. Les raisons profondes ont été synthétisées par Marcelle Marini, dans l’incontournable Histoire des femmes, (Tome 5) : « C’est dans les textes littéraires que se construit la personnalité. On y apprend à symboliser son vécu, ses émois et ses passions, ses plaisirs, ses angoisses et ses désirs […] Il est donc grave que la subjectivation et la socialisation des deux sexes se fassent dans une littérature monosexuée et, qui plus est, neutralisée par un discours critique monologique […] les garçons comme les filles […] sont privés de tout héritage symbolique au féminin. Tous et toutes font l’apprentissage de la différence sexuelle à travers la représentation d’un sujet masculin pluriel toujours en questionnement et transformation, face à un « éternel féminin » dont les variations dépendent de l’histoire et des représentations des hommes. »

banniere11032016La mloukhia est plat traditionnel tunisien, à base de poudre de feuilles de corète et d’huile d’olive.

Ce carnet de notes a été écrit à Tunis, à l’occasion de la Foire internationale du livre (25 mars au 3 avril). Il est fait de sept courtes interviews, retranscrites presque littéralement, exception faite de deux textes envoyés par courriel.

La question de départ est simple. Elle a été posée [en français] à des Tunisien(ne)s qui ont en commun d’exercer une activité créatrice ou liée à la production culturelle. Qu’est-ce qui vous a marqué/ébloui/frappé au cours des six derniers mois – un livre ? un spectacle ? un plat (divinement) cuisiné ? De quoi se nourrit-on, à Tunis, en ce 6ème printemps de la révolution ?
Les noms des sollicités (et leurs réponses) sont donnés par ordre alphabétique. Ce carnet est bien évidemment incomplet, affreusement subjectif et peut-être trompeur. Il est donc perfectible. A suivre…