« L’antisémitisme est un épouillage. Se débarrasser des poux, c’est une question d’hygiène. Ce n’est pas une vision du monde. » Pas plus que l’antisémitisme n’était pour Heinrich Himmler une affaire de Weltanschauung, pas plus son discours de Kharkov n’était une métaphore. À Auschwitz et à Majdanck, les Juifs choisis pour l’exécution étaient entassés dans des chambres de désinfection anti-poux équipées de fausses douches et des employés du camp versaient des cristaux de Zyklon B – un insecticide développé pour l’éradication des poux dans les immeubles et sur les vêtements – à travers les trous du plafond. Dans cet étrange hiver trop doux que démange la fin du monde, le jour de la profanation du cimetière juif de Quazenheim, je lisais Insectopédie et cette histoire des Juifs allemands métamorphosés en poux par le Reichsführer SS, Circé prophylactique et myope à moustache en brosse-à-dents.

Autoportrait Jean-Philippe Cazier
Autoportrait Jean-Philippe Cazier

La fenêtre demeure ouverte, le soir, lorsqu’il fait nuit. Des insectes entrent par la fenêtre, attirés par la lumière. Ou ils entrent par hasard, au hasard de leur déplacement nocturne. Au plafond il y a un insecte vert, d’un vert sombre, aux ailes transparentes. Il est posé au plafond. Ce qui est pour moi le plafond est pour lui le sol. Dans un autre coin du plafond il y a un autre insecte, plus gros, noir. Comme une sorte de mite, mais plus gros et noir. Il est posé là, il ne bouge pas. Je ne sais pas si les insectes parlent, s’ils se disent quelque chose les uns aux autres. Ou s’ils me parlent. Disent ou essaient de me dire quelque chose. J’entends leur silence. Je ne connais pas leur nom.