Marguerite Duras (DR)

Sur France 2 était diffusé ce printemps – et cela ne manquera pas de l’être ces jours-ci au programme des rediffusions au rythme du désœuvrement de l’été – un mini et ridicule reportage signé Loïc Prigent (« La Brigade du Stup’ » dans Stupéfiant !, mars 2017) sur Marguerite Duras qui utilisait tous les poncifs réactionnaires sur cet auteur majeur du XXe siècle. On se demande comment ce genre de chose peut encore exister et faire rire, c’est sans doute parce que Duras est une femme. Ce genre de chose qui passe à la télé pour distraire, est une information de l’à peu près dont s’inquiétait déjà Duras. Parmi les bêtises divulguées, il y en a une que tout spectateur peut vérifier : oui, il existe bien une Pléiade Duras depuis 2014, cher Loïc Prigent, c’est un excellent travail mené par de grands durassiens comme Bernard Alazet, Sylvie Loignon, Florence de Chalonge, Marie-Hélène Boblet. Il ne s’agit pourtant pas de cinq tomes mais de quatre. Vous avez mal compté, le cinquième est le célèbre « album » qu’accompagne toute Pléiade, un magnifique album dont s’est occupée l’indépassable Christiane Blot-Labarrère. On se disait avec Johan Faerber qui m’a signalé depuis son lieu de vacances, par texto, cet énième abrutissement anti-Duras qu’on n’avait pas vu passer, que le ridicule ne tue pas précisément parce qu’il fait partie intégrante du culte de la banalité dont est friande la télé.

Perez © Yann Stofer

Après Saltos en 2015, remarquable premier album où la pop la plus synthétique s’alliait à la mélancolie la plus sombre, Perez revient ces jours-ci sur le devant de la scène avec Un album de collection, splendeur électronique et plastique. Héritier d’une chanson française dont les hérauts seraient Daho et Bashung, le prince noir de la pop surprend à nouveau avec un album composé de 11 titres qui, entre performance et exposition musicale, s’inspirent d’œuvres sélectionnées par le chanteur dans la collection du Frac Île-de-France.
Avant son concert au Plateau qui lancera ce nouvel album, Diacritik est revenu avec Perez le temps d’un grand entretien sur les inspirations riches et multiples de cet artiste singulier dont la pop littéraire doit aussi bien au synthétiseur qu’à Marguerite Duras.

La Fondation Henri Cartier-Bresson expose une rétrospective de l’œuvre de la photographe américaine Francesca Woodman (1958-1981), constituée d’une centaine de tirages, vidéos et documents. Inaugurée en mai, elle se poursuit jusqu’au 31 juillet 2016.
Il s’agit d’une exposition d’abord présentée au Moderna Museet de Stockholm, en 2015, sur laquelle Jean-Philippe Cazier avait alors écrit. Diacritik republie son article.

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« Pourquoi vous… tu me racontes cette histoire ? » demande avec étonnement Caroline (Isabelle Carré) à l’exubérante et à peine connue Pattie (Karin Viard) qui vient de lui faire un second récit fort grivois et bien détaillé de l’une de ses nombreuses et ravissantes baisades. Et Pattie de répondre tout simplement : « Pour rien, je t’explique d’où vient le vin. ». Si on ne l’avait pas encore compris à ce stade du film, à savoir une quinzaine de minutes après le début, le moteur de 21 nuits avec Pattie est la parole.

Maren Sell
Maren Sell

« Tout se réduit en somme au désir et à l’absence de désir. Le reste est nuance »
Cioran

Maren Sell a été follement amoureuse de Yann Andréa. Jusqu’au point d’en être volontairement l’esclave, de le vénérer comme un dieu, de se consumer pour lui telle une adolescente saisie soudainement par les frissons du premier amour. Elle semble d’ailleurs ne pas craindre la révélation de ses agissements tempétueux et romantiques ou encore l’écriture de phrases dont la naïveté laisse rêveur : « Que chantent les anges ? L’amour naissant » ; « votre bouche était comme un papillon qui butine, d’une légèreté insoutenable ». Mis à part l’hyperbole finale qui convoque aussitôt une plume de poids, Duras ou la première amante de Yann, cette évocation idyllique de l’amour semble appartenir à une littérature d’antan, à une libido amandi très proche de jeunes personnages de Bernardin de Saint Pierre.

Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.
Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.

Henry James et Marguerite Duras ont beaucoup en commun. Le goût du secret, de l’amour irréalisable, du désir indicible, de regards insaisissables, de voix silencieuses qui tentent de croiser leurs sons muets. James écrit entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, Duras est la reine de la deuxième moitié du XXe. Ce qui les rapproche, nonobstant le décalage temporel, géographique, sociétal, est aussi la même conception de la littérature. Leurs textes séduisent le lecteur qu’ils attirent dans les filets de l’espace littéraire pour qu’il contribue à combler les absences du récit. On ne pourra sans doute jamais déceler l’image qui se cache dans leurs tapis ou découvrir quelle bête se dissimile dans la jungle de leurs mots, peu importe, le jeu auquel ils nous invitent est celui de continuer à lire et à chercher, à essayer de découvrir ce secret fantôme que recèle tout récit. Peut-être, est-ce ce tour de folie et de magie que tout Art nous fait vivre et que rien, tout simplement rien, ne pourra brider.

Isabelle Carré, Karin Viard, Denis Lavant
Isabelle Carré, Karin Viard, Denis Lavant

« Pourquoi vous… tu me racontes cette histoire  ? » demande avec étonnement Caroline (Isabelle Carré) à l’exubérante et à peine connue Pattie (Karin Viard) qui vient de lui faire un second récit fort grivois et bien détaillé de l’une de ses nombreuses et ravissantes baisades. Et Pattie de répondre tout simplement : « Pour rien, je t’explique d’où vient le vin. ». Si on ne l’avait pas encore compris à ce stade du film, à savoir une quinzaine de minutes après le début, le moteur de 21 nuits avec Pattie est la parole.