« Longtemps, je me suis couché de bonne heure » : cette phrase, ouvrant à la Recherche, Proust mis trois ans à l’écrire.
« J’étais couché depuis une heure environ », « Jusque vers l’âge de vingt ans, je dormis la nuit » sont deux tentatives rayées, il serait parfois bon de ne pas connaître les essais avortés et autres brouillons raturés, pour en rester à l’incipit parfait, musical, énigmatique dans son évidence, cette magie qu’explore justement Laurent Nunez dans L’Énigme des premières phrases (Grasset).

retour d'un chien

En dépit des apparences, « Retour d’un chien » est un texte sans auteur ; ou, du moins, un texte dont l’autorité ou la paternité se voit diffractée dans des relais multiples. Car sans le savoir, ils sont nombreux à avoir écrit ce texte — dans des langues différentes, à des années, voire des siècles d’écart parfois —, et à pouvoir ainsi s’en disputer l’autorité. Que je leur laisse ou leur rends bien volontiers.

2015 est l’année de tous les paris pour Benoît Virot : une rentrée attilesque plus large, la poursuite des projets d’intégrale, la rencontre du Général Instin, et sans doute, un rapport autre à l’édition, à rebours de ses expériences antérieures.
Suite de l’entretien avec le caméléon de l’édition, « grand timonier » du Nouvel Attila, qui nous présente son équipe, les livres de cette année, les projets à venir, et parle, avant tout, du plaisir de voir ce laboratoire se construire, jour après jour, livre après livre et du mode de transmission d’un virus du texte, du livre, de l’édition.

Troisième métamorphose (ou incarnation) attilesque, l’aventure ouverte en 2014 avec une nouvelle maison d’édition, le Nouvel Attila et un catalogue déjà impressionnant, en littérature française comme étrangère, romans graphiques et autres varia et plusieurs collections (Incipit, Calques, Othello, etc.) qui témoignent d’une curiosité sans borne ou frontières de genre. Pour ce second volet de notre grand entretien (et cette troisième incarnation), Benoît Virot revient pour Diacritik sur l’année 2014, celle de la création et mise en orbite du Nouvel Attila.

Écrire pour inventer, des vies, des mondes. Ne pas rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social).