« Sois nu quand tu sèmes, nu quand tu laboures, nu quand tu moissonnes, si tu ne veux pas, manquant de tout, aller mendier dans les demeures étrangères » (Hésiode). La scène est plongée dans le noir et bruisse de petits bruits. On pressent dans cet espace, amplifié du son de yodels lointains, que le jour va se lever. Le jour des « travaux et des jours ». Le jour du travail humain. Le jour des mains laborieuses de la journée d’homo faber. Une heure de besogne s’en suit, attentive et concentrée. Les gestes simples du labeur, les figures obligées des danses du folklore autrichien, patiemment formalisés, construisent la gestuelle abstraite d’une liturgie scénique à laquelle un danseur nu officie en solitaire. Un petit neveu montagnard de la grande Hannah Arendt épèle en gestes méthodiques La Condition de l’homme alpin.

« He had moved amid her phantasmagoria,
Amid her galaxies,
NUKTOS AGALMA »

(Ezra Pound, Mauberley)

Parfois, des années plus tard, on se rappelle d’une nuit où on a pleuré sur un quai de gare ou d’un chemin dans le sable, avec l’océan au bout, où l’on s’est senti heureux. On retrouve l’odeur des rails ou l’odeur du caillebotis, on retrouve le ciel nocturne ou, passée par-dessus la dune, l’haleine fraîche de la mer, mais l’on ne se souvient plus de qui faisait notre bonheur ou nous avait fait pleurer.