On découvre le mot déconstruction dans le dictionnaire bien avant son usage par Derrida, fort heureusement. Et il est incontestable qu’on en trouve mention chez Husserl autant que chez Heidegger. Mais que le mot existe, qu’il faille se mesurer à la définition qu’on pourra en rencontrer même dans le Littré, cela n’a rien d’extraordinaire en soi, cela ne fait pas un scoop.

Deleuze et Guattari (DR)
Deleuze et Guattari (DR)

Dans son livre Deleuze et l’histoire de la philosophie (Kimé, 1999), Manola Antonioli montrait comment Gilles Deleuze aborde l’histoire de la philosophie en philosophe plus qu’en historien des idées, puisqu’il s’agit pour lui, lorsqu’il se rapporte aux autres philosophes, et même lorsqu’il consacre une monographie à Bergson, ou Nietzsche ou Spinoza, de rechercher d’abord des intercesseurs pour la pensée. Deleuze transforme ainsi l’histoire de la philosophie en une série de rencontres qui permettent de penser avec et non sur, selon une logique créatrice qui subvertit la pensée autant que l’histoire.

Gilles Deleuze (DR)
Gilles Deleuze (DR)

Deleuze ironiste ? Deleuze éducateur ? Il faut commencer par camper le décor qui vit surgir ce personnage équivoque. Imaginons Bruxelles au tournant des années 1980. A la fin de la décennie, l’atmosphère du campus de l’Université – de l’Univers et de la Cité – aura changé du tout au tout. Remise en ordre et au pas des esprits et des apparences : coupés, les longs cheveux en bataille et les barbes hirsutes ; remisés, les vêtements aux couleurs vives et les foulards bariolés – ce sera désormais le règne uniforme de la monochromie, des coupes sévères, des épaulettes démultipliant la carrure des filles non moins que des garçons.