Freddy Krueger, créature de Wes Craven

Alors que George Romero nous a quitté cet été et que John Carpenter vient de faire paraître un best of de ses meilleures bandes originales, l’occasion était toute trouvée pour Diacritik de revenir sur Wes Craven, l’un des autres maîtres de l’horreur en compagnie de l’un de ses spécialistes les plus avisés : Emmanuel Levaufre.
Dans son essai Wes Craven, quelle horreur ? paru chez Capricci, Emmanuel Levaufre propose non seulement une puissante lecture puissante du cinéaste de Freddy, les griffes de la nuit dont il fait un pionnier de l’horreur littérale mais il en profite pour tracer une histoire renouvelée du cinéma américain depuis les années 70. Autant de pistes inédites et stimulantes sur lesquelles Diacritik a interrogé l’essayiste le temps d’un grand entretien.

Jean Ray
C’est la fin des années 1990. Une page n’est pas encore tournée, et il y a des chances qu’elle ne le soit toujours pas. Pour l’heure, cela n’a pas vraiment d’importance, et d’ailleurs je n’y pense pas. Le siècle agonisant, le millénaire essoufflé, le monde en bout de course ne m’atteignent pas. Pas de lendemain auquel penser, pas d’avenir dont je dois me soucier, à peine une conscience obscure du présent dont je ne vois pas bien l’utilité, si ce n’est celle de permettre au passé de ressusciter infiniment. Ma vie est en noir et blanc et mes rêves en technicolor. J’ignore le numérique et je n’ai pas d’ordinateur. Je n’en aurai pas avant longtemps. Je traverse la ville en pur étranger. J’arpente des allers et venues d’un autre temps.