Anthropologue de notre modernité, Mélanie Gourarier a enquêté sur un bien curieux phénomène : la « Communauté de la séduction », une internationale antiféministe qui s’est répandue depuis les États-Unis pour gagner ensuite la France et autres lieux. Ses adeptes se rencontrent en petites confréries dans les villes ; ils se placent sous la conduite de coachs qui leur enseignent en « professionnels » des techniques séductrices dans le but, clairement clamé, de faire que les hommes reprennent l’ascendant sur l’autre sexe dont ils estiment qu’il est devenu dominant. Ainsi se sont formés des clubs qui se soumettent à un apprentissage soutenu sur la meilleure manière de draguer les femmes dans des lieux plus ou moins publics pour les conduire au partage sexuel mais sans aller nécessairement jusque là.

Raphaël, Les trois Grâces (1504-1505)

Femme, ton corps est ma chose et m’appartient, je le découpe, je le grossis, je le cadre, je le glorifie, je le rapetisse, je le torture, je le loue, je le blâme, je l’industrialise, je le commercialise, il est objet de mes désirs, de mes phantasmes, de mes pulsions et répulsions. Corps nus enfin libérés de ses voiles (depuis cinquante ans maintenant, la libération sexuelle a eu lieu) et que la pub, la mode, la porno/érographie textuelle ou visuelle, la prostitution, l’art, etc. ne cessent de produire et reproduire indéfiniment, selon des schémas souvent bien convenus, répondant à des desiderata principalement masculins. Le sexe, et particulièrement le sexe des femmes, ça rapporte, on le sait bien, surtout aux hommes d’ailleurs. Pourquoi le corps féminin hante-t-il autant les esprits, ou plutôt les regards ? Que révèle ce corps mis à nu ? Quels désirs ou refoulements du désir perlent, suintent, ruissellent depuis ce corps ?