Un des événements majeurs de cet été fut indubitablement « Qui a fait le tour de quoi ? 20 mn avec Magellan » de Romain Bertrand. Prononcé au désormais incontournable Banquet d’été de Lagrasse, sur les coups de 19h19, dans la chaleur vespérale des Corbières, ce remarquable feuilleton historique, beau comme du Conrad, a fait revivre chaque soir devant un public conquis le premier tour du monde par Magellan.

Le nouveau film de Sylvain George est à placer sous le signe impérieux de l’urgence. Une urgence à porter sa caméra dans les lieux des luttes qui traversent notre époque autant que celle d’en visionner les images. Le cinéaste porte un regard singulier sur les manifestations qui ont marqué Paris (Nuit debout, manifestations contre la loi El Khomri) et la crise des réfugiés, dans la lignée des problématiques qui traversent ses films précédents. En 2011 et 2012, il évoquait déjà la situation des migrants à Calais dans Qu’ils reposent en révolte (Des figures de guerres I) et Les Éclats (Ma gueule, ma révolte, mon nom), et documentait le mouvement des Indignés à Madrid dans Vers Madrid – The Burning Bright. Paris est une fête complète cette filmographie politiquement engagée à classer par ailleurs dans la catégorie du documentaire de création, et se trouve cette année en compétition internationale au Festival des films documentaires, Cinéma du Réel qui se tient à Paris au Centre Pompidou du 24 mars au 2 avril 2017. Entretien avec Sylvain George.

Vidal tueur de femmes Le Matin

« Voilà le cinéma pur ! » s’était exclamé André Bazin devant le film de Nicole Vedrès, Paris 1900 (1947), qui rassemble sept cents fragments de films, bouts d’actualité et miettes de fiction. Ce film, taillé dans la matière de l’archive, bouleversa Chris Marker et fut décisif dans l’élaboration de son œuvre. Il faudrait dire ici « Voilà l’histoire pure ! », à la lecture de cette réédition du volume de Philippe Artières et Dominique Kalifa, Vidal, le tueur de femmes. Car les deux historiens, spécialistes du fait divers et des écritures ordinaires, se sont attachés à dresser la biographie de ce meurtrier du début du XXe siècle, sans ajouter un mot au bruissement des discours : ils ont taillé dans les journaux, coupé dans les rapports psychiatriques et le récit autobiographique du criminel, pour recomposer sa vie de papier. C’est la pratique du montage qui permet de « dérouler le film de cette existence », en assemblant ces pièces d’archives hétérogènes.

Eric Vuillard
Eric Vuillard

Que sait-on finalement du 14 juillet ? Des scènes de liesse et de colère mêlées, des gravures qui donnent au passé la teinte du révolu, des commémorations à n’en plus finir, mais qui font oublier l’effervescence révolutionnaire sous les festivités consensuelles : en bref, un feu d’artifice de stéréotypes. Que sait-on finalement ?, voilà la question que pose Éric Vuillard, dans ce récit, tendu et nerveux, emporté et politique, sobrement intitulé 14 juillet.