Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier
Amandine André et AC Hello photo : JP Cazier

Amandine André et A.C. Hello font partie des nouvelles écritures du champ poétique contemporain, un champ où elles s’inscrivent et qu’elles redéfinissent de manière singulière – quitte à s’interroger sur leur appartenance à quelque chose qui serait la poésie.
Rencontre et entretien fait de croisements entre la littérature, la politique, la performance, la langue et ses dehors, la danse, la lecture, Danielle Collobert, la bibliothèque verte, Deleuze ou Bukowski.

Jean Ray
C’est la fin des années 1990. Une page n’est pas encore tournée, et il y a des chances qu’elle ne le soit toujours pas. Pour l’heure, cela n’a pas vraiment d’importance, et d’ailleurs je n’y pense pas. Le siècle agonisant, le millénaire essoufflé, le monde en bout de course ne m’atteignent pas. Pas de lendemain auquel penser, pas d’avenir dont je dois me soucier, à peine une conscience obscure du présent dont je ne vois pas bien l’utilité, si ce n’est celle de permettre au passé de ressusciter infiniment. Ma vie est en noir et blanc et mes rêves en technicolor. J’ignore le numérique et je n’ai pas d’ordinateur. Je n’en aurai pas avant longtemps. Je traverse la ville en pur étranger. J’arpente des allers et venues d’un autre temps.

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Diacritik publie un long entretien d’Amaury da Cunha avec Frank Smith à l’occasion de la parution de son Fonctions Bartleby, Brefs traités d’investigations poétiques, qui vient de paraître aux éditions Le Feu sacré. Il y est question de poésie, du rapport du langage au réel et au monde, d’archives, d’un regard qui fait image et sens.

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Tout naît d’une demande éditoriale adressée à Erri De Luca, choisir et traduire du yiddish quelques œuvres d’Israel Joshua Singer, frère du Nobel, inconnu du lectorat italien. Tout part de sa connaissance et de son amour pour le yiddish, et, surtout de ce que représente cette langue. Un univers — « elle possède une structure grammaticale allemande, elle est écrite en caractère hébraïque, elle se lit de droite à gauche » — une mémoire — « parlée par onze millions de Juifs d’Europe de l’Est et rendue muette par leur destruction » — et enfin une famille d’élection, « le yiddish ressemble à mon napolitain, deux langues de grande foule dans des espaces étroits ».

Danièle Rivière dirige les éditions Dis Voir, spécialisées en culture contemporaine, qui réunissent artistes, cinéastes, philosophes, écrivains, scientifiques, musiciens, designers… Elle est également, en tant que créatrice, engagée dans le cinéma et récemment dans le transmédia. Dans cet entretien, il sera donc question de livres, de films, de science, de Peter Greenaway et Raoul Ruiz, de bd, de nanomonde, d’économie de l’édition, de Pierre Huyghe, Douglas Coupland et François Taddéi, du contemporain et d’imaginaire, du web et de Laurie Anderson… Un entretien placé sous le signe du relationnel et du transversal.

Alain Veinstein avait invité Chantal Akerman dans son émission « Du jour au lendemain », à l’occasion de la sortie de son livre Ma mère rit. C’est minuit, l’heure où la parole ne dort pas encore mais flotte dans un entre deux qui n’est pas tout à fait le sommeil, qui n’est déjà plus le jour de la parole maîtrisée. C’est l’heure où un jour nouveau est déjà là sans avoir commencé, où un jour maintenant ancien est déjà mort et dont la mort persiste. C’est l’heure de la littérature et des amants. L’heure où le corps s’abandonne à ce qu’il connait mal de lui-même. Et de même la parole.

Musicien mais aussi producteur à France Culture, Christian Rosset, à la curiosité toujours vive, propose ce jeudi avec A la recherche de Marc Cholodenko une création radiophonique où, à plusieurs voix, il interroge l’œuvre d’un auteur encore trop méconnu : Marc Cholodenko. Diacritik en profité pour l’interroger sur ce romancier et poète auquel il consacre un programme d’une rare qualité. Entretien en 5 questions.

Dès les premières minutes de la très belle création radiophonique, toute de voix et de sensibilités feutrées, que Christian Rosset consacre au très discret sinon secret Marc Cholodenko, l’écrivain fait entendre sans attendre ce qui, depuis 1972, tient en son œuvre sa parole : « C’est un monde qu’on ne peut pas décrire, qu’on peut vivre. D’ailleurs, je le fais pour ça. Je n’écris pas pour autre chose que vivre dans ce monde. » et finit par ajouter entre rire et défi : « La vie, ça existe. La vie, qu’est-ce que c’est ? »