Le cinéphile porte en lui une malédiction : il est condamné à ne jamais être cru. On va lui demander son avis, pour surtout ne jamais le respecter. On vous demande qu’y-a-t-il-à-voir-au-cinéma-en-ce-moment, et on sait que c’est foutu parce que la plupart du temps, on n’apporte pas la bonne réponse. Par exemple, si au milieu du mois d’août on me demande ce qu’il faut voir, je vais répondre : Une femme douce. Jusqu’ici, tout va bien. Sauf que l’on se méfie de vous. « Et ça raconte quoi ? » Et là, vous savez que la partie est perdue.

Nico (DR)
Nico (DR)

Agrégé de Lettres Modernes, ayant rencontré Nico entre 1985 et 1987, Serge Féray livre dans son essai Nico – Femme fatale un voyage éblouissant dans les sous-bois de l’univers de Nico, un tombeau en forme de chant d’amour. Ce livre réussit la gageure de sécréter une magie sœur de l’hypnose, de l’alchimie noire que dégagent les albums de Nico : The Marble Index, Desertshore, The End. À pas de loup, Serge Féray est entré dans le labyrinthe nicoesque, a sondé les innovations expérimentales que la déesse de la lune (dixit Andy Warhol) apporta à une scène rock dont elle s’éloigna pour incarner dans une texture sonore inédite ses fantômes, ses démons, son père évaporé, ses fêlures, le spectre de l’Allemagne nazie, le bruit des bombes.

 

Massimo Troisi

Quand on demandait à Massimo Troisi, pourquoi il tournait peu de films et jouait peu de rôles au cinéma, il répondait : « Cela tient en gros à deux raisons : la paresse et la pudeur. Ou mieux, une paresse contaminée par la peur de la banalité et de la superficialité : toutes les histoires que j’invente me semblent toujours très limitées et inutiles ». On voit bien qu’à travers cette crainte d’être submergé par la banalité, le lieu commun, le trivial, le déjà vu, se dessine une ligne de conscience critique. Troisi, comédien, cinéaste et metteur en scène, montre ainsi son insatisfaction face à soi-même et à la création. Une insatisfaction qui est une constante chez l’homme qu’il est, comme une maladie. Et c’est bien de cette attitude que son œuvre est empreinte, cette attitude qui dénote et connote un style aussi bien qu’une aspiration artistique et intellectuelle. Ce n’est pas un hasard si son modèle culturel était Pasolini.

A partir du 21 décembre, Arte organise un cycle consacré à Jacques Tati, avec la diffusion de certains de ses films — Trafic, Mon Oncle, Jour de fête, Playtime, L’École des facteurs — ainsi que d’un documentaire d’Emmanuel Leconte et Simon Wallon, Tati express.
Dans l’entretien qu’il a accordé à Diacritik, Antoine Gaudin évoque ce qui, selon lui, fait encore aujourd’hui la singularité et la beauté du cinéma de Jacques Tati.

Écrire pour inventer, des vies, des mondes. Ne pas rester fidèle à l’histoire ou à la biographie mais arpenter les possibles, trouver le fil fictionnel à même de dire l’unité d’une existence et la crise de l’Histoire, de faire surgir une conscience privée comme politique, à travers le prisme du corps (intime et social).

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Entrer dans les coulisses d’un musée — le Muséum-Aquarium de Nancy — et en dresser une forme d’Inventaire photographique : tel est le projet d’Arno Paul dans un livre que viennent de publier les éditions Light Motiv. Le photographe explique combien ce lieu est pour lui chargé de souvenirs d’enfance, les poissons des aquariums, les animaux naturalisés, les bocaux gravés dans son imaginaire et sa rétine. C’est cette fascination qu’il retrouve dans ce livre, augmentée d’un accès à l’envers du décor, les collections à accès protégé, les entrepôts.

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066511.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxxLe dernier Woody Allen est nul. Il est tellement moins bien que les précédents… (amen)

C’est évidemment totalement faux, mais quand vous commencez la critique d’un film de Woody Allen, il FAUT débuter comme ça. Par définition, le dernier Woody Allen est toujours nul, c’est un principe et ça fait plus de trente ans que ça dure. Depuis Intérieurs, en fait. Attention, ça n’empêchera pas le même critique d’applaudir L’Homme irrationnel dans quatre ans (durée moyenne de réévaluation totale et sans revisionnage d’un Woody). Ceux-là même qui auront descendu le film s’en serviront comme référence pour mieux enfoncer le dernier opus. Pour le critique, « Woody c’était mieux avant » est l’équivalent du « on va se donner à 200 % » du footballeur professionnel ou de la « comédie jubilatoire » de Télérama.

Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015
Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015

Youth est un cinéma qui a besoin d’oxygène. Comme le vrai-faux Maradona (Roly Serrano) qui apparaît dans ce dernier film de Sorrentino. L’ancienne star du football désormais obèse, ne peut en effet se déplacer qu’avec un appareil à souffle portable pour suppléer à ses problèmes respiratoires. Maradona n’est pas la seule figure qui sature le film, il y en aura d’autres, d’autres apparitions qui ajoutent du kitsch narratif à cette pellicule asphyxique : la Reine Elisabeth, Miss Univers, Hitler, la pop star Pamela Faith (la vraie), un moine bouddhiste qui lévite. Pour parler la langue de Youth : Youth is too much et c’est de cela qu’il se tue. D’autant plus que le réalisateur ne cesse d’asséner des vérités philosophiques hautes en poncifs, et de nous les donner en pâture à coups de sketch qui s’insèrent dans des séquences temporelles plus dilatées, suspendues, cherchant à atteindre un air fellinien.