Jakuta Alikavazovic
Jakuta Alikavazovic

 

Jakuta Alikavazovic, une blonde, un bunker. Un roman singulier et intrigant, un diamant brut, quasi insaisissable. Il est des romans, comme La Blonde et le Bunker, que l’on garde en soi, et longtemps pour soi, jalousement. Qui demandent à être relus, repris, apprivoisés. Qu’on a peur aussi, disons-le, de ne pas savoir rendre, tant ils échappent pour une part, sont dans cette magie d’un indicible, le propre des grands textes. « Je me suis souvent demandé quelle vie menaient mes livres en mon absence », dit John, l’un des personnages du livre. La Blonde et le bunker se redessine en creux dans votre imaginaire, s’imprime et se grave, tant le mystère est son essence.

Écrire, ce serait désormais savoir se souvenir, ému, de la littérature. Ce serait savoir se souvenir, indéfiniment, avec pénitence, porté par une impuissance ivre d’elle-même, de ce qu’elle a pu être, du monde qu’elle a mené, des hommes qu’elle a traversé et de toutes les paroles qu’avec elle et après elle, elle aura su emporter jusqu’au dernier souffle. Car, depuis le tournant des années 1980, la littérature porte en elle son propre souvenir, sait que le Livre à venir ne lui appartient plus, qu’elle ne saura plus se convoquer qu’à la mesure de la mémoire qu’elle se donnera, doit comprendre qu’elle ne tremblera plus maintenant que de son propre désir de revenir à elle, désir réduit ainsi à devoir, indéfiniment, se reconstituer, se perpétuer dans la réminiscence, s’accomplir dans un deuil qui, à chaque page, veille, de toute sa noirceur.