Sherko Fahta (DR)

Le cinquième roman de Sherko Fatah, Otages, poursuit le patient travail archéologique de passés croisés d’une biographie comme notre époque les écrit. L’auteur est né en 1964 à « Berlin, capitale de la RDA » (Berlin-Est selon la nomenclature du régime) d’un père kurde et d’une mère allemande. À la recherche de traces que les réminiscences de plusieurs pays et régimes ont déposées en lui, l’auteur scrute à la fois les siennes, mais aussi plus largement celles des déplacés, désorientés dans le sens propre du terme, de ceux qui ont perdu l’orient, sont à la recherche de nouvelles attaches, sans pouvoir oublier les anciennes, problématiques ou refoulées.

Le Musée archéologique de Naples a inauguré la semaine dernière une exposition intitulée Amours divins (Amori divini) qui aura cours jusqu’au 16 octobre 2017.
Du riche trésor pompéien jusqu’au répertoire de l’époque moderne, les commissaires proposent un parcours consacré au double motif de la rencontre amoureuse entre les hommes et les dieux et des multiples métamorphoses qui se produisent au confluent de ces deux mondes antagonistes.

L’enfouissement, la sensation d’enfouissement. Ma tanière : quatre-vingt mètres carrés dans une petite rue bordée d’orangers, vue sur un coin du port de plaisance (l’antique d’Athènes), balcon côté chambres avec vue plongeante sur le quartier, deux chambre, oui-oui, livres, canapé, La Dame de Leche cadeau d’anniversaire de François Martin, tapis, bougies le soir et, suprême chic, quatre tables de travail – autant dire calme, luxe et volupté après des décennies de niches parisiennes.

En décembre 2013, le supplément du dimanche El Pais Semanal commande à Guillermo Abril et Carlos Spottorno une série de reportages sur les frontières européennes. Trois ans plus tard, avec comme matériau près de 25000 photographies et 15 carnets de notes, sort en librairie La Fissure. Documentaire inédit dans sa forme et terrible dans son propos, La Fissure raconte, de l’Afrique à l’Arctique la misère, les destins brisés des migrants, la montée des nationalismes, les exodes et analyse les causes et les conséquences de la crise d’identité que connaît l’Europe au XXIè siècle.

Brothers of the night

Ce serait si simple d’évaluer un film selon sa capacité ou son incapacité à appartenir pleinement d’un genre, ou parfois à en questionner les frontières. Ce serait d’autant plus simple que tout ce qui se fait d’intéressant par les temps qui courent, s’invente là, entre fiction et documentaire, entre essai et film d’artiste, entre deux. On se contente d’ailleurs le plus souvent d’entonner l’antienne auteuriste du franc-tireur, du cas à part, faute d’outils critiques réaffutés et d’une volonté affichée d’interroger notre système de valeur périmé, nos hiérarchies désuètes, et tout l’habitus critique obsolète qui chaque mercredi vers 14.00 entérine la circulation des fictions de flux, des rébellions d’auteurs en dérapage contrôlé comme des urgences documentaires réchauffées. Pourtant, les exceptions se multiplient, tant et si bien qu’il devient difficile de justifier de nos règles paresseuses pour les définir : les francs-tireurs se font légions, squattent les festivals, les prix, et les débats critiques, au risque parfois d’une pacification dangereuse (Attention ! une norme peut en cacher une autre !). Prenons donc les devants, ne parlons que des cas limites, de là où ça grippe, ça râpe, là où ça tire et où ça invente, encore : là où j’ai pu constater autrefois l’émergence d’un Tiers-Cinéma. C’est précisément là, loin des films-évènements autoproclamés, qu’évoluent les Frères, les Fratelli pasoliniens, les Brüder der Nacht de Patric Chiha.

Rassemblement, de Judith Butler, interroge les rapports du corps et du politique, la dimension politique des foules et des manifestations. Ainsi, ce livre repense un certain nombre d’idées rattachées au corps et au politique mais aussi l’espace public et les conditions du sujet politique. Judith Butler y développe des analyses particulièrement fécondes du social et de la cohabitation selon une logique de la relation et de la vulnérabilité qui ouvre à une conception renouvelée du politique et de la vie.

Écrire de la poésie après Trump est barbare (pour paraphraser un aphorisme souvent cité et que l’on éprouve si profondément, même si certains prétendent que nous ne le comprenons pas encore bien). Theodor Adorno, philosophe et théoricien de la culture allemand, a un jour fait cette remarque célèbre : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ».

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Ce jeudi 17 novembre aura lieu l’épisode 3 de l’histoire du vertige initiée par Camille de Toledo à la Maison de la Poésie de Paris en partenariat avec Diacritik et Remue.net. Dans cet épisode 3, nous lirons et explorerons Danube de Claudio Magris, indique Camille de Toledo. Après la « carte de l’empire », de J.L. Borges et le vertige de la duplication du monde, après le chapitre IX du Quichotte et le vertige des « habitations fictionnelles », et de « l’entre-des-langues », nous remonterons aux sources du Danube, entre Musil et Magris, pour trouver, en Europe même, les mythes pour habiter vertigineusement, à rebours de nos nostalgies…

 

Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold
Des jours et des nuits sur l’aire, Isabelle Ingold

Des jours et des nuits sur l’aire, d’Isabelle Ingold, est un film particulièrement beau et intelligent. Esthétiquement beau et intelligent. Politiquement beau et intelligent.

Le lieu unique du film est une aire de repos d’autoroute en Picardie. Unité de lieu donc, mais pas unité de temps, semble-t-il, puisque ce qui est filmé est une succession de jours et de nuits. A moins que l’unité de temps, ici, ne soit donnée, justement, par cette succession : le temps insiste, omniprésent dans sa répétition, immuable dans son écoulement. C’est le temps comme événement, implacable, le temps comme destin.

Wiliam Klein © JP Cazier
Wiliam Klein © JP Cazier

Le 16 avril a été inaugurée la 3e édition du Festival Normandie Impressionniste qui propose à travers la région normande un ensemble foisonnant d’expositions, de spectacles vivants, d’événements cinématographiques, lyriques, chorégraphiques – sans oublier le numérique, l’organisation d’ateliers, d’activités pédagogiques, de conférences, de rencontres, etc. Jusqu’au 26 septembre, l’ensemble de la Normandie, en plus de son patrimoine et de la beauté de ses lieux, devient l’occasion de s’immerger dans un monde culturel qui, pour cette édition, se veut résolument contemporain.

migrants-calais-manifestation-12-07-2014

Rada Iveković rappelle que les réfugiés ont une histoire et que cette histoire est aussi la nôtre, que les conflits meurtriers ou les situations de crise dont ils essaient de se protéger sont aussi les conséquences d’une histoire coloniale, de politiques internationales où l’Europe, entre autres, avance souvent en eaux très troubles. Ce contre quoi les réfugiés cherchent refuge est aussi l’histoire de l’Europe et les intérêts européens.