« Tout ici semble écrit dans le langage d’un vent de dégel », s’exclamait impétueusement Nietzsche dans sa préface au Gai Savoir en une formule qui pourrait servir de préambule et de guide idéal à la lecture de Fraudeur et À la cyprine d’Eugène Savitzkaya.
Eugène Savitzkaya qui vient d’être couronné, mardi 1er décembre, par le prix Rossel, 2015, pour Fraudeur.

« On ne peut pas parler d’histoire qui ne rende pas compte d’un déracinement » déclarait Bernard-Marie Koltès au clair matin de son théâtre en une formule qui pourrait se tenir comme l’épigraphe parfaite à la brutale et radicale beauté de Retour à Berratham, la dernière pièce de Laurent Mauvignier, récemment parue chez Minuit.

Dans ses crépusculaires et si flamboyants Petits Traités, Pascal Quignard, luttant contre la modernité en entonnant son contrechant féroce, lance combien dans ses récits, le langage se retire de sa phrase, combien l’image s’y déploie comme la force fabuleuse et noire, et combien dire la Littérature, c’est comprendre que « l’image coupe l’herbe sous le pied du langage ». Immanquablement un tel aphorisme, qui défie image et langage d’un même geste, hante de son intempérance sans retour l’un des livres les plus remarquables de cette rentrée littéraire sinon de l’année, splendeur encore trop peu mise en lumière : l’incandescent premier roman de Christophe Manon, Extrêmes et lumineux paru chez Verdier.