Laura Dern (Laura)

Une étendue nue entourée de montagnes enneigées, un train est en marche au loin. On le regarde s’approcher, les lumières de la locomotive se fondent dans une pellicule dont le grain ne cessera de nous interpeller. C’est un 16 mm qui fait le tissu du cinéma, qui le modèle, qui constitue sa peau. Et nous sommes là, à même la peau de deux paysages : l’Amérique et la femme. Kelly Reichardt n’associe pas la femme à la nature, non, elle nous dit plutôt que l’extérieur se trouve au plus intime du sujet et que l’extérieur peut être différent si le sujet qui l’habite en prend soin, s’il l’investit presque en le caressant, sans le traumatiser. Ce plan qui suggère aussitôt la conquête du cinéma, l’entrée en gare de La Ciotat, ainsi que la conquête de l’Ouest américain, dit avec le sifflement du train que l’on entend, que cette conquête peut être différente et va être différente. Car c’est une femme qui filme et ce sont des femmes qui prennent le film au corps.

Designated Survivor

Avant qu’une fin du monde imminente ne vienne contrarier nos projets d’avenir, plongeons-nous dans l’univers délicieux et somme toute inquiétant de la présidence des États-Unis. Ou tout du moins celle, infiniment plus fictionnelle (quoique) de Designated Survivor, diffusé à l’origine sur le réseau ABC (et en France sur Netflix), dont la reprise est annoncée le 8 mars prochain.
Revue d’effectifs d’une série qui met en scène un président non-élu…

D’après la légende, désireux d’acquérir une connaissance parfaite des poisons et de leurs antidotes, le roi Mithridate VI (132-63 av. J.C.) avait réussi à s’immuniser totalement contre leurs effets en ingérant régulièrement de petites doses tout au long de son existence. A tel point qu’au moment de se donner la mort, il se rendit à l’évidence et à pied à la caserne la plus proche afin de se faire embrocher par un de ses mercenaires pour pouvoir en finir. Moins d’une semaine après l’élection américaine, dressons un parallèle entre l’empoisonnement antique et le populisme contemporain qui a conduit successivement au Brexit et à l’accession de Donald Trump à la présidence des États-Unis.

sans-titre

Des foules protestant contre les violences infligées aux populations noires américaines. Des manifestations qui dégénèrent. L’état d’urgence déclaré pendant plusieurs jours dans une grande ville américaine. Nous sommes à Charlotte, le mois dernier, en septembre 2016. Plus de cent cinquante ans après la fin de la Guerre de Sécession en 1865 qui a consacré l’abolition de l’esclavage, le mouvement Black Lives Matter milite encore aujourd’hui contre le racisme quotidien et les violences des forces de l’ordre américaines, démontrant s’il était besoin, l’étonnante actualité du sujet de l’exposition que propose le musée du Quai Branly « Color Line, les artistes africains-américains et la ségrégation ».

978-2-7291-2275-1

Publié en 1935 aux États-Unis, Impossible ici imagine la vie politique américaine entre 1936 et 1939, après l’élection d’un candidat pour le moins populiste et traditionaliste Berzelius Buzz Windrip. Alors que le journaliste Doremus Jessup tente de dénoncer la dictature en train de se mettre en place, la plupart des Américains la pensent inimaginable. Et pourtant…

Craig Thompson - Paris 2011 - Photo © Dominique Bry
Craig Thompson – Paris 2011 – Photo © Dominique Bry

Paru en mars dernier, le nouveau roman graphique de Craig Thompson, Space Boulettes (« Space Dumplins » en version originale) est un space opéra, un conte pour enfants et une relecture d’Alien. Et une réflexion sur le vivre ensemble, sur la condition sociale aux USA et la question des ressources énergétiques. Une oeuvre foisonnante à des années lumière de Blankets, Chunky Rice et Habibi. Entretien avec l’auteur de Space Boulettes. Où l’on parle de SF, de cacas de baleines et d’apprentissage de la vie.

Fran MartinezHiver 2016. Les jeunes Éditions Denise Labouche, maison parisienne fondée par un collectif d’auteurs-éditeurs éclectiques et aventureux publient L’Alpine le premier roman du journaliste François Moreau Martinez. Foisonnant, bourré de clins d’œil ancrés sur un socle classique rigoureux et un sens du rythme très jazzy, ce roman résolument pop apporte une touche beat dans le paysage de la littérature contemporaine française.
Rencontre avec un écrivain sans prétentions dont le cerveau abrite une belle famille de références et d’inspirations.

1 Fenêtre, En Plo

Egine, la nuit qui tombe. La nuit et une maison architecturée genre case study house avec piscine et vue hollywoodienne sur l’entrée du golfe Saronique. En face, les montagnes du Péloponnèse. Une maison en rase campagne avec une vue délirante sur la mer et les montagnes. Une maison pour vacanciers qui se relaxent en famille. Ma maison. Une maison que je n’aime pas. Je n’aurais jamais choisi une telle maison. Elle est arrivée comme ça. Je me suis retrouvée avec une maison sur les bras. Il y a pire. Une maison avec piscine en rase campagne. Tout ce que je déteste. La nuit, en plus, c’est flippant, la rase campagne.

pollock canapé Tara

Donald Ray Pollock : Écrivain américain vivant, né dans l’Ohio en 1954. Un recueil de nouvelles et un roman à son actif.

Il y a parfois du bon à ne capter qu’une seule radio quand vous êtes au volant de votre vieux break Volvo, plus polluant qu’un tracteur. France Inter vous fait découvrir, entre deux crépitements, un écrivain américain prodigieux. Quelqu’un qui sait extraire le beau dans la fange, redonner une âme à des êtres prisonniers d’une existence proche du misérable sans pour autant verser dans le misérabilisme.