Lydie Moudileno

« Chaque année, lors de la journée du 20 mars, on est ainsi sommé de se souvenir que l’on  » partage » une langue avec d’autres nations et d’autres peuples. On danse, on chante, on récite de la poésie, on révise sa grammaire et on recompte ses pays membres, tout en retraçant avec fierté la géographie des pays de la planète où la langue dite de Molière a laissé sa marque postcoloniale ».

Comme l’écrit Lydie Moudileno, ce 16 février 2018, c’est le moment de réfléchir à nouveau à ce que l’on entend par « Journée de la francophonie ». Pour nous c’est plaider pour le recul de l’ostracisme qui frappe les écrivains francophones dans l’enseignement français… et regarder ce qui ne se fait pas chez soi avant de porter un regard accusateur ailleurs.

David A. Warlick, Sans titre, Géorgie, 1891

Soit un petit garçon blanc qui pose, en Géorgie, pour le photographe. Il a quatre ans, il est chaussé d’élégantes bottines sombres, affublé d’une toque, emmitouflé dans un large manteau clair qui le fait disparaître à moitié. On devine en arrière-plan un intérieur distingué, une cheminée décorée de carreaux au motif raffinés. On est en le 4 janvier 1891 et pour rassurer l’enfant, en ce jour de solennelle représentation devant le photographe, l’on a pris soin de le placer aux côtés de sa nourrice, présence rassurante, dont le bonnet et le large tablier sont d’un blanc éclatant, et l’on a consenti à lui laisser sa poupée préférée, molle masse de chiffons qu’il agrippe au poignet. Or la nounou et le doudou sont noirs, tous deux : frappantes incarnations de la ségrégation raciale aux États-Unis.

Inside the Trump White House, Fire and Fury. « Le feu et la fureur », que Donald Trump a promis à la Corée du Nord et à son dictateur Kim Jong-un, dans un de ses tweets aussi innombrables qu’ineptes. Si le titre de l’ouvrage de Michael Wolff fait référence aux menaces du 45ème président des États-Unis, il ne manque pas d’évoquer The Sound and the Fury de William Faulkner. Si l’intention de Michael Wolff était bien évidemment ironique puisqu’il s’agissait de démontrer que le feu et la fureur promis à l’extérieur règnent en maître à l’intérieur de la Maison Blanche, la comparaison s’arrêtera là. Parce que dans l’esprit de Trump d’une part, le fire est celui de la destruction par l’arme nucléaire, et que d’autre part, la seule analogie possible avec le pitoyable POTUS en exercice, c’est Benji, l’attardé mental Benjamin, un des personnages centraux du chef-d’oeuvre de Faulkner.

« Ce qu’il fallait faire, c’était un nouveau récit, une histoire nouvelle racontée à travers le prisme de notre lutte […] Ce n’était pas seulement notre histoire mais l’histoire du monde, transformée en arme pour servir nos nobles desseins […] S’ils avaient leurs champions, nous devions avoir les nôtres cachés quelque part ». Ta-Nehisi Coates, Une Colère noire – Lettre à mon fils

C’est bien à l’entrée dans l’histoire du difficile accès à la liberté d’une « championne » invisible que le roman de Colson Whitehead, Underground railroad, convie son lecteur ; un personnage, Cora, créé entre imagination et faits attestés. Si l’on a parfois quelques doutes sur l’attribution d’un prix littéraire, ce n’est pas le cas de ce roman qui, aux États-Unis, a reçu le National Book Award et le prix Pulitzer. En France il a été dans le Palmarès 2017 Le Point des 25 meilleurs livres de l’année et a reçu le prix du Meilleur roman étranger 2017 de Lire.

Akram Belkaïd

Akram Belkaïd, journaliste algérien, vient de faire paraître aux éditions Erickbonnier dans la collection « Encre d’Orient », un recueil de quatorze nouvelles dont le point de jonction est le 20 mars 2003, « la nuit de pleine lune » où les États-Unis ont déclenché l’invasion de l’Irak pour renverser le pouvoir en place. Se positionnant dans différents pays et villes du Maghreb au Machrek, il saisit des situations et des personnages très divers pour faire vivre aux lecteurs le quotidien d’Irakiens, de Palestiniens, de Saoudiens, de Koweïtiens, de Syriens, d’Algériens, de Jordaniens, de Libanais, de Marocains, de Tunisiens qui ont vécu, les uns et les autres, cette irruption brutale de l’intervention américaine.

C e soir Arte diffuse, à 20 h 50, un documentaire de Jean-Robert Viallet centré sur le monde universitaire et dont le titre se veut sonnette d’alarme : « Étudiants, l’avenir à crédit« .
Les universités sont devenues des entreprises, soumises à un modèle libéral, et si le phénomène est encore émergeant en France, observer son fonctionnement et ses répercussions sur les étudiants aux USA, donnés par beaucoup comme un modèle, ou en Grande-Bretagne, permet de comprendre les risques d’un tel système. Plongée, glaçante et instructive, dans un monde en pleine mutation.

Nombre de romans américains parus ces dernières semaines rappellent l’essor et l’âge d’or français de ce genre (XVIIIè-XIXè siècles), un avènement lié à sa capacité à absorber le chaos, à classer un réel qui dépasse tout entendement et à tenter, sinon de le comprendre, du moins de le penser.
Deux microgenres romanesques semblent dominants dans ces publications récentes : les physiologies et les dystopies qui mêlent science et fiction pour mieux pour embrasser, classer et dépasser le réel. Tour d’horizon avec Garth Risk Hallberg, Lionel Shriver, Wednesday Martin et John Feffer.

Alix Beranger et Gwen Fauc hois ©Jean-Philippe Cazier

Les questions portées par le mouvement LGBT sont étrangement absentes de la campagne électorale autant que des discours médiatiques. En même temps, les thèmes LGBT reviennent en force dans la bouche des opposants à l’égalité des droits, qu’il s’agisse de certains politiques ou de mouvements réactionnaires ayant émergé à la faveur de la légalisation du mariage pour tous.
État des lieux de la situation actuelle et du mouvement LGBT à la veille des élections avec Alix Béranger et Gwen Fauchois dans un entretien où il est autant question de politique, de problèmes sociaux, de solidarité, des médias, des femmes réfugiées, que des conditions des luttes ou de la précarité économique et sociale.