Rencontre avec James C. Scott dans le Quartier Latin, le 28 mai 2019. Dans le grand entretien qu’il nous a accordé, il revient sur Homo domesticus. Histoire profonde des premiers États, paru en janvier dernier aux éditions de La Découverte mais aussi sur sa pensée de l’anarchisme, évoquant aussi bien l’architecture que les Gilets jaunes, la Mésopotamie que Dickens ou Balzac.

Les vidéos montrant Alexandre Benalla en train d’agresser physiquement une femme et un homme sur la place de la Contrescarpe n’ont suscité une réelle polémique que quelques mois après leur diffusion sur les réseaux sociaux, lorsqu’il s’est avéré que l’agresseur était le collaborateur du président de la République et qu’il n’était pas policier.

Quand des militants d’extrême droite disent avoir « raccompagné » des migrants à la frontière franco-italienne et que le parquet de Gap doit classer l’enquête sans suite faute « d’infraction constatée », et ce en une petite semaine, on se frotte les yeux d’incrédulité. Pourtant, l’information est bien là, ce n’est pas même une « mauvaise blague ».

C’est important la gestion. Comme l’administration, d’ailleurs. C’est important. Il faut bien que le système tourne. Que les rouages engrènent. Et, finalement, nos élites gèrent plutôt bien. Ça marche. Tout fonctionne presque correctement. Ici et là, des erreurs et des imperfections mais il faut reconnaître que les routes sont praticables, les prises électriques fournissent du courant, les écoles donnent des cours, les hôpitaux soignent les malades, la police arrête les voleurs … Ça marche.

Ikigami préavis de mort

Se laisser mourir pour permettre aux autres d’apprécier la valeur de la vie, voilà ce que prône le gouvernement dans lequel s’inscrit Ikigami : Préavis de mort, de Motorō Mase. Dans le futur proche d’un pays calqué sur le Japon moderne, est entrée en vigueur « La loi pour la prospérité nationale ». Derrière ce nom politiquement correct se cache le moteur vrombissant de la dystopie que Motorō Mase construit. Chaque enfant se voit injecter un sérum dont certains échantillons seulement sont contaminés et provoqueront la mort des plus malchanceux entre l’âge de 18 et 24 ans. Le gouvernement déclare que voir des vies s’arrêter réveille l’envie de vivre, sans preuves à l’appui ni que nous, lecteurs, connaissions clairement le contexte socio-politique dans lequel la loi a été acceptée.

Rassemblement, de Judith Butler, interroge les rapports du corps et du politique, la dimension politique des foules et des manifestations. Ainsi, ce livre repense un certain nombre d’idées rattachées au corps et au politique mais aussi l’espace public et les conditions du sujet politique. Judith Butler y développe des analyses particulièrement fécondes du social et de la cohabitation selon une logique de la relation et de la vulnérabilité qui ouvre à une conception renouvelée du politique et de la vie.

Jean-Clet Martin
Jean-Clet Martin

Asservir par la dette aborde d’un point de vue philosophique les rapports actuels du politique et de l’économique, ce qui conduit à reconnaître, de façon nouvelle, un débordement de l’économique hors de ses frontières et à envisager de nouvelles perspectives politiques. Ce qui revient aussi à mettre au jour les conditions présentes d’un nouveau pouvoir et des subjectivités contemporaines ainsi que des possibilités singulières pour un contre-pouvoir. Entretien avec Jean-Clet Martin.

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Notre époque se vante d’avoir conquis toutes les libertés, mais elle n’a jamais autant tenu du stalinisme. L’état d’urgence permanent, l’omniprésence de la menace terroriste, les interdictions de circuler ou de manifester données sur ordre des renseignements, l’interdiction de manifestations syndicales et leurs autorisations parodiques, cernées par la police, mènent la vie dure au mythe républicain.

Depuis quelques jours, la polémique enfle autour de l’œuvre de Goin. Les réactions outrées se multiplient avec de nombreux arguments mêlant la lutte contre le terrorisme, le refus du mépris de la police, les problèmes plus graves ou plus urgents. Je crois qu’il y a quelque chose de grave et d’inquiétant qui se joue ici et je me permets quelques réactions rapides et à chaud.

migrants-calais-manifestation-12-07-2014

Rada Iveković rappelle que les réfugiés ont une histoire et que cette histoire est aussi la nôtre, que les conflits meurtriers ou les situations de crise dont ils essaient de se protéger sont aussi les conséquences d’une histoire coloniale, de politiques internationales où l’Europe, entre autres, avance souvent en eaux très troubles. Ce contre quoi les réfugiés cherchent refuge est aussi l’histoire de l’Europe et les intérêts européens.