Passionnant et déterminant pour comprendre Blanquer et l’Éducation nationale : tel est l’essai de Philippe Champy Vers une nouvelle guerre scolaire : quand les technocrates et les neuroscientifiques mettent la main sur l’Éducation nationale qui vient de paraître à La Découverte.

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Nous, professeurs de lycée, sommes confrontés aujourd’hui aux côtés de nos élèves au nouveau système ParcourSup censé garantir l’accès au post-bac pour les élèves de Terminale. L’État a prétendu par la voix de Jean-Michel Blanquer, Frédérique Vidal et Emmanuel Macron que ce système permettrait de remédier à l’injustice flagrante qui avait ému l’opinion l’an dernier : la sélection arbitraire des bacheliers par tirage au sort. En vérité, cette nouvelle fake news étatique est là pour cacher l’absence flagrante de toute politique de création de postes dans le Supérieur et de construction de nouvelles universités qui, de fait, prive un grand nombre d’élèves de toute poursuite d’études. C’est ainsi, au bas mot, l’équivalent de dix Universités qu’il faudrait créer pour accueillir dignement les élèves.

Ce soir, 5 avril 2017, l’émission Le téléphone sonne, sur France Inter, s’interrogeait sur la place de la culture dans la campagne présidentielle, avec une question en guise de titre : « La culture, grande absente de cette campagne présidentielle ? » Je ne parlerai que d’un point, mais d’un point majeur, comme l’ont admis les trois invités de l’émission : l’éducation artistique. L’importance de la chose fait tellement consensus qu’il importe peu de préciser qui, de Jean-Jacques Aillagon, Patrick Bloche et Hervé Gaymard, soutient quel candidat.

Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy

Ce que vous ignorez, cher Nicolas Sarkozy, en multipliant les déclarations sur les enseignants qui – vous le dites pour le démentir aussitôt – « font le métier le plus difficile », c’est qu’un professeur d’histoire, un professeur de littérature n’ont pas étudié des œuvres critiques pour échapper au service que ces disciplines ont exigé. Un professeur de philosophie ne rêve pas de s’évader du choix qui fut le sien lorsqu’il est entré, jeune, dans l’étude des œuvres. Cela n’aurait aucun sens, pas plus que le menuisier ne fuit le bois (même si on peut vous concéder que ces métiers se font rares en France depuis que le libéralisme dont vous avez la charge vandalise toute chose). Le but d’un métier si difficile ne pouvait donc pas consister à se passer enfin de tout travail, de manière infantile, dans une vision primaire, celle des cahiers jetés au feu après l’obtention d’un concours redoutable.