1 Fenêtre, En Plo

Egine, la nuit qui tombe. La nuit et une maison architecturée genre case study house avec piscine et vue hollywoodienne sur l’entrée du golfe Saronique. En face, les montagnes du Péloponnèse. Une maison en rase campagne avec une vue délirante sur la mer et les montagnes. Une maison pour vacanciers qui se relaxent en famille. Ma maison. Une maison que je n’aime pas. Je n’aurais jamais choisi une telle maison. Elle est arrivée comme ça. Je me suis retrouvée avec une maison sur les bras. Il y a pire. Une maison avec piscine en rase campagne. Tout ce que je déteste. La nuit, en plus, c’est flippant, la rase campagne.

Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.
Marguerite Duras et Loleh Bellon dans la loge de la comédienne durant les répétitions de La Bête dans la jungle, 1962.

Henry James et Marguerite Duras ont beaucoup en commun. Le goût du secret, de l’amour irréalisable, du désir indicible, de regards insaisissables, de voix silencieuses qui tentent de croiser leurs sons muets. James écrit entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe, Duras est la reine de la deuxième moitié du XXe. Ce qui les rapproche, nonobstant le décalage temporel, géographique, sociétal, est aussi la même conception de la littérature. Leurs textes séduisent le lecteur qu’ils attirent dans les filets de l’espace littéraire pour qu’il contribue à combler les absences du récit. On ne pourra sans doute jamais déceler l’image qui se cache dans leurs tapis ou découvrir quelle bête se dissimile dans la jungle de leurs mots, peu importe, le jeu auquel ils nous invitent est celui de continuer à lire et à chercher, à essayer de découvrir ce secret fantôme que recèle tout récit. Peut-être, est-ce ce tour de folie et de magie que tout Art nous fait vivre et que rien, tout simplement rien, ne pourra brider.