Le second épisode de la série Faits divers à la une (Arte), diffusé juste après Roswell, se déroule cinquante ans plus tard, sous un pont parisien. C’est ce moment que Robert McLiam Wilson, dans une tribune récente publiée dans Libération, a qualifié de « triomphe du rien », expression qui dit bien le paradoxe oxymorique d’un fait en apparence sans importance pourtant susceptible d’un emballement infini, en ce sens passionnant parce qu’il révèle nos imaginaires, nos constructions fictionnelles comme un moment de l’histoire sociale.

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Cela fait longtemps que chaque année, je me livre au même rituel : un peu avant la fin de l’an en passe de s’achever, je commence une chronique que je finirai après les libations obligées. Puis, une fois Noël, le Nouvel An, la galette des rois digérés et avant que les fêtes chrétiennes et païennes ou mises à la mode par les professionnels du consumérisme ne déboulent au risque de m’inspirer un nouveau billet sur l’influence de la Pâque sur la politique agricole française, je clos l’exercice en assurant que je ne présenterai pas mes vœux, dans un accès de misanthropie qui doit moins à une posture de chroniqueur qu’au visionnage annuel du zapping de l’année de Canal+.

Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015
Roly Serrano dans le rôle de Maradona. Sorrentino, Youth, 2015

Youth est un cinéma qui a besoin d’oxygène. Comme le vrai-faux Maradona (Roly Serrano) qui apparaît dans ce dernier film de Sorrentino. L’ancienne star du football désormais obèse, ne peut en effet se déplacer qu’avec un appareil à souffle portable pour suppléer à ses problèmes respiratoires. Maradona n’est pas la seule figure qui sature le film, il y en aura d’autres, d’autres apparitions qui ajoutent du kitsch narratif à cette pellicule asphyxique : la Reine Elisabeth, Miss Univers, Hitler, la pop star Pamela Faith (la vraie), un moine bouddhiste qui lévite. Pour parler la langue de Youth : Youth is too much et c’est de cela qu’il se tue. D’autant plus que le réalisateur ne cesse d’asséner des vérités philosophiques hautes en poncifs, et de nous les donner en pâture à coups de sketch qui s’insèrent dans des séquences temporelles plus dilatées, suspendues, cherchant à atteindre un air fellinien.