« Ce n’est pas dans une île de la Sonde,
ni dans une contrée du Pacifique que ces événements ont eu lieu,
c’est sur notre terre, celle de l’Europe » Marguerite Duras

Des mots de Duras, de sa douleur à attendre Robert Antelme, envahissent, dès le commencement, le film d’Emmanuel Finkiel. On est au plus près du souffle de la jeune Marguerite filmée en gros plan et portée à l’écran par une Mélanie Thierry très inspirée et dont on croit pouvoir toucher le grain de peau si fin, de peau de rose.

Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier
Œuvre de Miss. Tic, longtemps sur la porte arrière de la Hune, auj. disparue © Ch. Marcandier

Nous connaissons tous sa recette de soupe aux poireaux simple mais parfumée et onctueuse, recette de mère nourricière mais aussi recette meurtrière. Car entre deux vouloirs, ne rien faire et faire une soupe, Duras trouve un moyen terme d’ordre existentiel, métaphysique : le suicide (voir la recette de « la soupe de poireaux » dans Outside, en fin d’article). Voilà qui bouscule sa recette vers une politique du texte qui est la sienne. En dehors de toute classification de genre. Duras n’écrit pas des recettes de cuisine, Duras fait de la Littérature. Tout le temps.