Scarlett Johansson dans Under the Skin, film au cœur du roman de Pierre Demarty

Si, comme l’avance Giorgio Agamben, l’homme est l’animal qui va au cinéma, nul doute qu’après la lecture du beau et vif récit de Pierre Demarty, Le Petit garçon sur la plage, il conviendrait d’ajouter que l’homme est surtout l’animal qui, une fois entré dans un cinéma, ne parvient plus à en sortir. Paru en cette rentrée aux éditions Verdier dans la collection « Chaoïd », ce bref et incisif roman, deuxième de son jeune auteur, se donne une ligne narrative claire mais pourtant rendue progressivement obscurcie d’angoisse : l’histoire d’un homme qui ne revient littéralement pas d’une image, cinématographique, celle d’abord indistincte puis bientôt vécue d’un petit garçon, ni tout à fait mort ni tout à fait vivant, échoué ou perdu sur une plage sans nom, sans visage, sans pays. C’est une image qui reste, fait rester l’homme qui la voit dans cette image même et qui, depuis sa persistance rétinienne, se fait l’entame splendide du Petit garçon sur la plage.

Lionel Ruffel
Lionel Ruffel

« Tout problème en un certain sens en est un d’emploi du temps » affirmait, depuis sa coutumière intransigeance, Georges Bataille au seuil résolu de sa méthode de méditation qui désirait lui faire apercevoir, au-delà des sombres voiles d’un temps toujours à soi dérobé, l’instant souverain d’une expérience qui dirait la matière du présent, lui trouverait son nom enfin réel dans le langage et n’abandonnerait pas le contemporain à la part maudite de toute pensée. Nul doute qu’une telle conception qui dessine le temps comme une savante et multiple architecture dont le présent se tiendrait comme l’indépassable et permanente clef de voûte trouve un fracassant écho dans Brouhaha de Lionel Ruffel, puissant essai sur le sens du contemporain et de ses mondes qui vient tout juste de paraître chez Verdier.